Un troupeau de poneys de plus en plus nombreux

Les starters belges ont récolté 230 millions d’euros l’an dernier, soit plus du double qu’en 2014. Une dynamique qui enthousiasme Omar Mohout, expert au centre de recherche Sirris. Cette autorité en matière de start-up et de scale-up (entreprises qui ont quitté la phase de démarrage et recherchent les bons leviers pour porter leurs premiers produits et services à un niveau supérieur) reste cependant réaliste: “Dans la Silicon Valley, une seule entreprise obtient autant en une unique collecte de fonds.” Ses recherches mènent à plusieurs constats étonnants. En voici les principaux.

Les start-up et scale-up belges sont surtout actives dans le B2B 

Quelque 69% des entreprises nouvelles et en croissance destinent leurs produits et services à d’autres entreprises (B2B). Autrement dit, elles ne sont que trois sur dix à s’adresser directement aux consommateurs. “On observe exactement l’inverse dans la Silicon Valley, où deux entreprises sur trois sont actives dans le business-to-consumer (B2C)”, compare Omar Mohout. “Il faut y voir la conséquence de notre riche tissu industriel. L’Europe n’est pas un mauvais endroit pour les start-up B2B.”


Les secteurs les plus prisés sont les soins de santé et l’industrie manufacturière

Top 10 industries

  1. HealthTech
  2. AdTech
  3. Industrie manufacturière
  4. FinTech
  5. HRTech
  6. Retail
  7. EdTech
  8. MediaTech
  9. Mobilité
  10. Sécurité

Les start-up et scale-up belges sont avant tout actives dans le HealthTech et le CareTech. “On innove beaucoup avec les capteurs et les applications en Belgique”, remarque Omar Mohout. Un cran plus bas, l’AdTech – disons, la publicité et le marketing – précède l’industrie manufacturière. “Une nouvelle confirmation du caractère PME et B2B de notre pays”, commente l’expert.


Le succès trompeur des start-up 

Les start-up ou scale-up peuvent grandir de manière autonome, être rachetées ou faire faillite. Les chiffres de Sirris nous apprennent qu’environ 7% d’entre elles changent de mains chaque année, alors qu’elles ne sont que 8% à disparaître. Cela dit, ce chiffre est trompeur: “Un certain nombre de start-up sont en fait des zombies”, prévient Omar Mohout. “Leur produit innovant a échoué mais elles existent toujours. N’oubliez pas que de nombreuses start-up se composent de deux personnes et d’un ordinateur portable. Dans de telles conditions, il est très difficile de faire faillite. Ces chefs d’entreprises aiment se qualifier de ‘cofounder’ de quelque chose, même si l’initiative est un flop dans la pratique.”


Bruxelles est le principal aimant à start-up

Top 5 des nids à start-up

  1. Bruxelles
  2. Gand
  3. Anvers
  4. Louvain
  5. Liège

Sur le plan géographique, Bruxelles arrive en tête du classement, suivie de trois villes flamandes (Gand, Anvers et Louvain). Liège clôture le Top 5 des nids à start-up. Avec respectivement 54% et 20% des start-up, la Flandre et la Wallonie demeurent en dessous de leur part dans la population belge, tandis que Bruxelles (26%) boxe audessus de sa catégorie.


Les scale-up, un troupeau de poneys de plus en plus nombreux 

La dernière “licorne” belge était TeleAtlas, acquise en 2008 par le spécialiste de la navigation TomTom. Dans la Silicon Valley, on qualifie d’”unicorns” (“licornes” en français) les start-up privées dont la valeur dépasse le milliard de dollars. Omar Mohout n’attache guère d’importance à la notion, cependant: “Je préfère un troupeau de poneys qui récoltent chacun 1 million d’euros et apportent ainsi prospérité et emploi.” On recense 43 start-up devenues entreprises à part entière dans notre pays.

“Elles ont donné naissance à une petite mafia, et j’y vois un compliment”, sourit Omar Mohout. “Prenez l’exemple de Netlog, un réseau social qui recueillait un vif succès à l’international avant d’être évincé par Facebook. Cette entreprise a permis la création d’au moins 15 nouvelles start-up par des personnes qui avaient appris, via Netlog, comment fonder une entreprise d’envergure mondiale depuis la Belgique. Pensez à Twoo, Realo, Showpad, In The Pocket, Engagor… C’est beaucoup plus important que cette simple licorne.”

23/03/2016
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