“Pour relancer une start-up, je reviendrais en Belgique”

Quatre ans après la création d’Engagor, Folke Lemaitre a vendu son entreprise à un concurrent américain. Depuis la Silicon Valley, il dresse le bilan de la Belgique en tant qu’écosystème pour starters.

Chez Airbnb, environ 70 personnes travaillent à temps plein sur sa plateforme pour répondre aux questions des clients posées via Facebook et Twitter, chiffre Folke Lemaitre, presque distraitement. L’entreprise de location de logements en ligne n’est que l’un des nombreux noms célèbres figurant sur la liste des clients d’Engagor. Les autres s’appellent McDonald’s, Volvo, Ikea, Pepsi. Engagor a été racheté par Clarabridge l’an dernier. Une grande partie des activités sont restées à Gand, même si le fondateur a quitté la Belgique depuis longtemps. Au téléphone, il compare le climat de la Silicon Valley à celui du Plat Pays. Littéralement.

“Cela peut paraître idiot, mais le beau temps fait vraiment une différence dans l’équilibre travail/vie privée. Il permet de travailler très dur et d’avoir tout de même des activités durant son temps libre. En outre, on trouve dans la Silicon Valley une énorme concentration de personnes et de start-up intéressantes. Cet environnement propice à l’échange d’idées et d’expériences n’existe pas en Belgique. Bien que les choses commencent réellement à bouger, à Gand, par exemple.” La Belgique était l’endroit idéal pour lancer Engagor, indiquait Folke Lemaitre voici deux ans. Manifestement pas pour le faire grandir, comme en témoigne son déménagement, sous pavillon américain, vers la Silicon Valley.

Je ne comprends pas ce débat sur les charges salariales. Dans la Silicon Valley, les impôts sont plus faibles mais les salaires plus élevés.

“La Belgique était un très petit marché pour nous”, lance-t-il. “Ce qui présente d’ailleurs de nombreux avantages. Sur un petit territoire, il est possible de prendre rapidement une part de marché significative. De plus, la Belgique permet d’entrer rapidement en contact avec les différentes cultures des deux côtés de la frontière linguistique. Cela aide à dépasser les barrières ensuite.” Ce manque d’échelle a toutefois son revers: la saturation, qui “contraint le chef d’entreprise à immédiatement penser à l’international. Chez Engagor, nous avons résolument choisi l’anglais dès le début, pour pouvoir passer rapidement à d’autres marchés par la suite.”

Point de départ idéal

Malgré le nouveau propriétaire américain, les bureaux gantois d’Engagor sont toujours actifs. “Compte tenu de sa situation centrale, la Belgique est le point de départ idéal pour le reste de l’Europe”, explique Folke Lemaitre. “En outre, il est plus facile de desservir le Moyen-Orient à partir de chez nous que depuis la Silicon Valley. Les fuseaux horaires sont en effet similaires, ce qui est important pour le support et les ventes dans cette région.” Folke Lemaitre porte un regard très satisfait sur ce qui se passe dans son pays d’origine. “Si je devais à nouveau créer une entreprise, je travaillerais en partie depuis la Belgique, même si je la lancerais dans la Silicon Valley. Pour les investissements, il est préférable d’avoir son quartier général ici. On se fait davantage remarquer par les investisseurs en capital-risque.”

La Belgique possède de nombreux atouts, souligne- t-il. “On y trouve beaucoup de talents techniques, notamment parmi les développeurs Web. Et le nombre croissant de start-up rend les ventes et le marketing plus performants. De nombreux progrès ont également été réalisés en matière d’options de financement pour les starters, ces dernières années.” Que pense-t-il des plaintes des entrepreneurs sur l’importance des charges salariales qui entraveraient l’entrepreneuriat? “Je ne comprends pas vraiment ces critiques”, rétorque Folke Lemaitre. “Dans la Silicon Valley, les impôts sont plus faibles mais les salaires sont nettement plus élevés. Cela ne fait donc pas de différence.”

24/03/2016
Silicon Valley, start-up