L’ambition et la prudence

Les start-up et scale-up représentent un élément déterminant pour le dynamisme de l’économie belge. Elles formeront les moyennes entreprises de demain, et les très grandes entreprises d’après-demain. Il s’avère dès lors crucial d’entretenir ce vivier qui permet, en outre, d’alimenter en innovations les firmes de taille supérieure. TPF n’est plus une start-up depuis bien longtemps, mais garde un lien avec le monde prometteur des petites, voire très petites entreprises. Leur rachat nous fait de bénéficier d’un savoir-faire de pointe, qui vient renforcer le nôtre et nous permet de monter en gamme.

J’ai pu observer, depuis le déclenchement de la crise en 2008, une détérioration constante de l’environnement économique. Notre chance fut d’être déjà largement présents à l’international: nous avons pu continuer à croître de façon organique grâce, notamment, aux pays émergents. Sur nos 4.250 collaborateurs actuels, seuls 250 travaillent en Belgique. A présent, cependant, nous passons à une autre phase de développement, avec une croissance organique plus faible tout en continuant notre stratégie reposant sur les acquisitions et sur le respect des marges opérationnelles. Nous devons nous montrer à la fois ambitieux et prudents. Ambitieux car le marché change et risque de changer sans nous. Nous devons nous préparer aux menaces qui apparaîtront. Il nous faut bouger, prendre des risques, évoluer. Mais aussi faire preuve de prudence, en ménageant au maximum nos marges opérationnelles. Celles-ci sont désormais la condition sine qua non pour maintenir notre endettement à un niveau acceptable.

Nous devons nous montrer à la fois ambitieux, car le marché change, et prudents, pour ménager au maximum nos marges opérationnelles.

Les pouvoirs publics, dans ce cadre, offrent beaucoup d’aides aux entreprises. Nous en avons nous-mêmes bénéficié dans les années 90. Il nous arrive encore d’y faire appel, pour des prêts, par exemple; c’est un élément parmi d’autres dans notre recherche de sources de financement diversifiées. Ces soutiens publics peuvent s’avérer déterminants pour des entreprises en pleine croissance. Pour tout entrepreneur, le risque est bien évidemment celui de la faillite. Est-ce pourtant une menace si effrayante? On parle beaucoup, en la matière, des différences de perception entre l’Europe et les Etats-Unis. Ces différences sont indéniables mais loin d’être aussi marquées qu’on veut bien le croire. Car une faillite n’équivaut pas toujours à une mise à mort en Belgique. Tandis qu’outre-Atlantique, on n’est pas forcément mieux regardé, en tant que chef d’entreprise, lorsqu’on a plusieurs dépôts de bilan à son actif.

Ces perceptions évoluent-elles? Je l’espère. Même au sein d’une entreprise établie, il arrive que l’on se trompe. L’échec est inhérent à l’esprit d’entreprendre. D’un autre côté, il faut accepter que les banques, qui prêtent aux entreprises, puissent récupérer cet argent pour les épargnants. Elles doivent, pour ce faire, avoir la possibilité de développer une connaissance approfondie des entreprises. En 25 ans, j’avoue n’avoir jamais eu de véritables problèmes à emprunter de l’argent auprès des banques. Il faut les comprendre, présenter des dossiers adéquats, leur fournir les informations qu’elles attendent bien légitimement, et faire évoluer ces présentations avec la maturation de l’entreprise elle-même. Mon conseil aux chefs d’entreprise confrontés à une faillite est double: réfléchissez toujours aux raisons de cet échec, et si, malgré les difficultés, vous conservez votre esprit d’entreprendre, de grâce, repartez de plus belle!

Thomas Spitaels,  Président du comité exécutif de TPF

Thomas Spitaels
06/04/2016
start-up, Thomas Spitaels