Confiance cristallisée

Prenez un billet de 10 £ et regardez à gauche, au-dessus du portrait de la reine Élisabeth. Vous y trouverez en petits caractères : ” I promise to pay to the bearer on demand the sum of ten Pounds. ” Une mention triviale ? C’est sans doute le résumé le plus pertinent de deux siècles d’histoire monétaire occidentale !

Imaginez que vous commandiez un bouquet de fleurs par téléphone et que vous disiez au fleuriste que vous passerez plus tard pour régler la somme. Dans une société où la confiance règne, ce coup de téléphone suffit pour que la transaction soit effective. En l’absence de confiance, la situation est plus délicate. Le commerçant demandera un acompte, une copie de votre carte identité ou un fax avec une promesse écrite de paiement. Un tel manque de confiance freine le commerce et la création de richesse. Plus la confiance mutuelle est grande, plus les formes de paiement peuvent être sophistiquées et plus il est possible de créer de la richesse. Dans les sociétés préindustrielles où la confiance n’existait pas, seul le troc était en vigueur. Les individus extérieurs à la tribu suscitaient la méfiance.

La confiance augmente ? Des formes de paiements plus complexes apparaissent : des reconnaissances de dettes à la monnaie papier. La confiance croissante dans les améliorations technologiques crée encore plus d’opportunités. Du troc aux paiements électroniques, les interactions humaines cultivent la confiance qui, à son tour, permet le développement du commerce et de la prospérité. De nombreux systèmes monétaires étaient directement ou indirectement liés à l’or, apprécié des rois et de tous ceux qui avaient une fortune à préserver. Sa rareté et les conventions historiques lui ont conféré un statut unique, c’est pourquoi Keynes le qualifiait de relique d’une époque barbare et révolue. Les Accords de Bretton Woods ont organisé le dernier système international basé sur le lien entre la monnaie et l’or. Suite à la guerre du Vietnam, en 1971, le déficit public américain a plongé, ce qui a eu pour conséquence d’abandonner le rapport de change fixe entre le dollar américain et l’or.

Le pilier fondamental du système monétaire et financier moderne n’est ni l’or, ni une combinaison de niveaux de taux, ni la technologie : c’est la confiance. C’est grâce à elle que sont considérés comme de l’argent la valeur de la technologie, la sécurité et la fiabilité du système, des billets, des chiffres sur un écran ou d’une instruction de paiement par smartphone. Au fond, l’argent n’est que de la confiance. Une confiance qui s’est cristallisée au fil des siècles et s’est désormais numérisée.

Peter De Keyzer

Économiste en chef chez BNP Paribas Fortis

04/02/2009