L’éthique des marchés financiers

L’éthique, c’est bien faire les choses. Socrate affirmait que l’éthique est partout où il y a des hommes. Car partout où des hommes cohabitent et travaillent ensemble se pose la question de bien faire les choses. Qu’en est-il des marchés financiers ? Favorisent-ils une ‘bonne’ cohabitation ?

Un marché réunit acheteurs et vendeurs. Des prix s’y établissent de manière transparente et contrôlée. Grâce à cette transparence et à ce contrôle, des pratiques commerciales saines y naissent et s’y affinent depuis des millénaires. Les marchés financiers actuels n’ont plus grand-chose en commun avec les marchés traditionnels. On n’y échange plus des denrées alimentaires ni des biens de consommation, mais des constructions financières immatérielles. On n’y recherche pas un rapport transparent entre prix et qualité, mais la maximisation des bénéfices.

Les marchés financiers sont devenus un univers fermé, dont les acteurs sont souvent anonymes. Les transactions sont aujourd’hui internationales et extrêmement rapides. Ce n’est pas un endroit où des personnes cohabitent et collaborent en s’interrogeant sur les meilleures pratiques, mais plutôt un endroit où l’on recherche à maximiser ses gains de manière individuelle. De plus en plus d’exemples suggèrent que les éventuels risques et effets nuisibles sur la communauté sont ignorés. On a donc toutes les raisons de douter de la pertinence de la question éthique lorsqu’on parle des marchés financiers. Deux questions, cependant, mériteraient d’être soulevées. La première porte sur les banques de dépôt actives sur les marchés financiers, la deuxième sur la nécessité d’un marché où des épargnants et des chefs d’entreprises peuvent agir dans l’économie réelle.

Les banques de dépôt collectent l’épargne pour la réinvestir dans l’économie réelle en accordant des crédits. Ces dernières années, nous avons cependant dû constater qu’un grand nombre de ces institutions opéraient simultanément sur les marchés financiers pour augmenter les revenus de leur activité de base en menant pour leur compte propre des activités spéculatives. Elles peuvent ainsi mettre leur objet social en péril.

De plus, la communauté peut être amenée à supporter les risques qu’elles prennent, ce qui accroît le caractère non éthique de ce conflit d’intérêts. La cotation en Bourse des banques soulève également des interrogations, car elle les expose à des opérations spéculatives (par exemple, les ventes à découvert) qui peuvent mettre en péril leur existence même. La deuxième question porte sur la nécessité d’un endroit où épargnants, investisseurs et chefs d’entreprises peuvent se rencontrer pour investir le capital disponible dans l’économie réelle. Certains investisseurs estiment que les marchés financiers ne leur offrent pas suffisamment de transparence et de contrôle.

C’est pourquoi ils recherchent de nouvelles voies, où les contacts sont plus directs et où il est possible de créer des liens de confiance entre investisseurs et entreprises. Les nombreuses formes de ‘crowdfunding’ que nous voyons apparaître en sont un exemple. Cette voie peut être intéressante, à condition de veiller scrupuleusement à sa transparence et à son ouverture. Les instruments financiers doivent être au service de l’Homme. Et ceci vaut aussi pour les marchés sur lesquels ils sont négociés. C’est pourquoi les autorités doivent exercer un contrôle plus strict et les citoyens doivent êtres plus informés et plus vigilants.

Olivier Marquet, Directeur de Triodos Banque en Belgique

26/06/2014