« La Belgique joue un rôle de pionnier »

Notre pays conserve un bel avenir de centre financier en Europe, mais plutôt comme pionnier en matière de services spécialisés et novateurs, dans le secteur des titres, des paiements et de la messagerie financière. C’est l’opinion de Lieve Mostrey, Chief Technology & Services Officer d’Euroclear.

Mostrey : « La crise financière a démontré l’importance de la qualité de l’infrastructure dans le fonctionnement des marchés financiers. Les conséquences de la crise financière auraient été beaucoup plus lourdes encore si les infrastructures avaient également cédé sous les tensions qui régnaient à l’époque. Heureusement, ce ne fut pas le cas, et le rôle d’Euroclear en est d’autant plus apprécié aujourd’hui. Une autre conséquence de la crise financière est la nette augmentation du nombre de transactions financières assorties d’une garantie. C’est une activité dans laquelle Euroclear peut jouer un rôle important et pour laquelle nous avons créé un nouveau modèle. »

Comment les évolutions technologiques remodèlent-elles le paysage financier ?

Mostrey : « Les évolutions technologiques engendrent souvent des solutions nouvelles, meilleures et généralement moins coûteuses. Les plateformes cloud réduisent nettement les frais d’infrastructure, les « big data » permettent aux opérateurs d’encore mieux connaître leurs clients, et les nouvelles possibilités de gérer les activités bancaires sur appareils mobiles facilitent les paiements. D’autres évolutions remettent totalement en cause les systèmes existants. La monnaie virtuelle bitcoin en est un bel exemple, qui bouleverse complètement le système monétaire actuel. Ces évolutions exigent une grande ouverture d’esprit de la part des acteurs du secteur financier : ceux-ci doivent embrasser ces nouvelles opportunités tout en restant vigilants, afin que les mécanismes de sécurité existants ne perdent pas leur impact sous l’effet des nouvelles initiatives. »

Quelle est votre opinion concernant le trading à haute fréquence et l’automatisation croissante du marché des titres ?

Mostrey : « Freiner ces évolutions technologiques n’aurait aucun sens ; elles créent toujours de nouvelles possibilités que nous devons explorer pleinement. Le trading à haute fréquence renforce la liquidité des marchés financiers, il garantit une formation plus efficiente des cours des actions et des obligations, et a finalement un effet positif sur l’économie réelle. Il est vrai que le trading à haute fréquence peut avoir des effets secondaires indésirables et causer un ‘flash crash’. Pour éviter de tels incidents, il faut avant tout créer un cadre réglementaire strict. »

Les marchés financiers sont plus que jamais dominés par de grands investisseurs institutionnels. Cette évolution estelle saine ?

Mostrey : « Il ne faut pas oublier que derrière chaque grand opérateur, comme un fonds de pension, se cache une myriade de petits investisseurs. De plus, les investisseurs institutionnels apportent une grande liquidité sur les marchés financiers. Cette situation est plus saine que lorsque la moindre transaction a un impact fort sur le cours d’un titre, en raison d’une liquidité très limitée. Grands comme petits investisseurs ont tout intérêt à avoir accès à un marché très liquide. Et les grands opérateurs ont assurément un rôle primordial à jouer dans ce domaine. »

Bruxelles a-t-elle encore un avenir comme centre financier ?

Mostrey : « Tout dépend de ce que vous entendez par centre financier. Il ne faut pas essayer de concurrencer Londres, Paris ou Francfort en termes de nombre de transactions. Le train est passé. Nous devons avant tout mettre l’accent sur le financement des entreprises locales. Cela ne signifie pas pour autant que notre pays n’ait rien à offrir au secteur financier global. Historiquement, nous devons notre réputation de place forte de l’échiquier financier mondial à des entreprises comme Euroclear, qui assure le règlement des transactions sur titres, et Swift, pour l’échange de messages financiers.

De même, notre pays joue un rôle de pionnier dans le développement d’applications innovantes dans le domaine des paiements. Je pense par exemple à la création d’Isabel (un réseau d’informations entre les banques belges), au succès des paiements mobiles dans notre pays et à l’offre internet forte dans le secteur bancaire. La Belgique joue un rôle important dans cette niche et nous devons continuer à le développer. »

10/06/2014