Les petits entrepreneurs sont les vrais héros d’aujourd’hui

Le terme d’entrepreneuriat me paraît souvent un peu galvaudé. Je ne suis pas à l’aise avec le cliché habituel de la start-up dans l’IT, qui lève des millions d’euros, qui a pour but principal (voire unique) de gagner de l’argent, et qui in fine crée peu d’emplois et peu de valeur ajoutée pour la société. Les vrais héros, à mes yeux, sont les tout petits entrepreneurs qui montent leur salon de coiffure, leur restaurant, leur épicerie. Des gens qui, malgré leur manque de moyens et de réseau, créent leur propre job, souvent grâce à des microcrédits. Nous-mêmes, les deux fondateurs de la société Le Champignon de Bruxelles, avons bénéficié de cette formule pour créer notre entreprise, grâce à microStart. Nous avons aussi recouru au crowdfunding, et notre but est de rendre notre société la plus participative possible; nous visons un financement 100% horizontal et fidèle au principe “un coopérateur = une voix” d’ici quatre ans.

Être entrepreneur, c’est d’abord vaincre ses peurs. Les personnes de l’âge de mes parents craignent de perdre leur statut, leur pouvoir, sur lesquels ils ont bâti leur ego. Quant à ma génération, elle est parfois paralysée par la crainte de ne pas être à la hauteur des défis actuels. Elle hérite d’un “état des lieux” calamiteux dont elle n’est pas responsable. Elle est parfois tentée d’en rejeter la faute sur les générations précédentes, et doit financer la retraite de ces aînés dispendieux via des cotisations. Le risque de fracture sociale, générationnelle, existe. D’où l’urgence d’agir. En outre, je suis persuadé qu’on perd beaucoup de temps à critiquer à tort et à travers. Et que chaque génération peut apprendre des autres.

 

Il faut passer à la semaine de quatre jours et orienter l’épargne vers le capital-risque social.

Sevan Holemans, le Champignon de Bruxelles

Je le vois au sein de Generation T, un groupe de 100 jeunes oeuvrant pour une société plus durable, dont j’ai la chance de faire partie. Grâce à cette initiative, j’ai rencontré de nombreux CEO et hauts responsables auxquels je n’aurais jamais eu accès autrement. Un réseau dont le soutien est précieux. Les porteurs de projets peuvent bénéficier de toutes sortes d’aides et de mécanismes des villes, des Régions, de l’État, de fondations. Très bien, mais cela ressemble fort à un patchwork et pèche par courttermisme. Et l’on voit bien que le chômage demeure considérable, que la machine à créer de l’emploi est durablement cassée. Selon moi, il faut passer à la semaine de quatre jours pour vraiment partager le travail. Et orienter une partie de l’énorme épargne belge vers des projets d’économie locale, sociale, solidaire, durable.

Dans un contexte de taux réels négatifs, laisser dormir de telles sommes est un non-sens. Plus largement, j’aimerais qu’on revienne à la source, à l’essence même du mot entreprendre: la mise en action. Choisir plutôt que subir, fourmiller de projets, rester en mouvement. Et ainsi, entreprendre sa vie, son idéal, ses rêves, même!

Sevan Holemans, le Champignon de Bruxelles et Generation T
20/10/2016