“Le développement durable ne se résume pas à l’énergie renouvelable”

“Investissez dans des entreprises qui apportent des solutions aux grands défis de notre époque”, recommande l’expert en placement Bruce Jenkyn-Jones. “Leur chiffre d’affaires et leurs bénéfices enregistrent une croissance plus rapide que le reste de l’économie.”

Récemment, nous avons interrogé les dirigeants d’une entreprise sur les aspects durables de leurs activités. Ils nous ont montré un document mentionnant le montant versé à des oeuvres caritatives. C’est très bien mais ce n’était pas l’objet de la question.” Bruce Jenkyn-Jones, Managing Director d’Impax, société de gestion spécialisée dans les stratégies environnementales et membre de BNP Paribas Investment Partners, ne le sait que trop bien: mettre véritablement l’accent sur le développement durable, c’est apporter des réponses à des défis comme la croissance démographique, la pollution, le caractère fini de certaines matières premières, le changement climatique, la pénurie d’eau, etc.

Bruce Jenkyn-Jones observe cependant une évolution claire: “Nous nous dirigeons vers une économie de plus en plus durable. Cela crée des opportunités pour les entreprises qui se concentrent sur cet aspect. Le message que nous adressons aux investisseurs est celui-ci: ces entreprises sont attrayantes parce qu’elles enregistrent une croissance plus rapide que le reste de l’économie. La part de marché des solutions qu’elles proposent pour ces défis majeurs ne cesse de s’accroître.”

 

A plus long terme, les fonds ISR sont systématiquement plus performants que la référence.

Bruce Jenkyn-Jones, IMPAX

L’intérêt social de ces solutions ne déchaîne pas vraiment l’enthousiasme des investisseurs, en raison surtout de la mauvaise expérience vécue, voici quelques années, par un grand nombre d’entre eux avec l’énergie renouvelable, affirme Bruce Jenkyn-Jones. “Cette déconvenue s’explique notamment par une surcapacité et par les discussions entourant les systèmes de subvention. Ceci dit, l’investissement socialement responsable (ISR) ne se résume pas aux énergies renouvelables, qui ne représentent même pas 10% de cet univers. Malheureusement, ce segment fait toujours l’objet d’une grande attention, ce qui affecte la réputation de l’ensemble du marché de l’ISR.”

Son image est toutefois en train de s’améliorer, affirme le stratège spécialisé en investissements. “On prend de plus en plus conscience que ce marché inclut des entreprises actives dans l’efficacité énergétique, la production alimentaire et la distribution des eaux, pour n’en citer que quelques segments. Elles enregistrent généralement une croissance plus rapide du chiffre d’affaires et des bénéfices. Les rendements à plus long terme révèlent que les fonds ISR sont systématiquement plus performants que la référence.”

Rendement supérieur

Si certains adeptes de l’ISR veulent avant tout sauver la planète, ils ne constituent pas la majorité, souligne encore Bruce Jenkyn-Jones. “La plupart des investisseurs en ISR veulent simplement obtenir un rendement plus élevé et se montrent très sensibles aux risques. Ainsi, ils évitent les compagnies pétrolières par crainte de subir une catastrophe comme celle de BP avec la plateforme de forage Deepwater Horizon en 2010. Ils attachent également beaucoup d’importance à la qualité de la gouvernance, ce qui les protège de cas de fraude comme le logiciel truqueur du constructeur automobile Volkswagen.”

 

Inquiets pour leur avenir, les jeunes Américains ont conscience que des entreprises se préoccupent de manière positive du changement climatique.

Bruce Jenkyn-Jones, IMPAX 

De nombreux fonds durables travaillent selon une approche “best in class”: ils ne sélectionnent que les entreprises qui mettent en oeuvre les meilleures pratiques de leur secteur sur les plans environnementaux et sociaux, et qui respectent les principes de bonne gouvernance – les fameux critères ESG. “Un investisseur achète alors un portefeuille ouvert sur l’ensemble de l’économie”, analyse Bruce Jenkyn- Jones. Avec Impax, ce dernier suit une autre stratégie: “Via l’impact investing, nous concentrons nos investissements dans les entreprises qui offrent des solutions à des questions environnementales et qui contribuent à améliorer l’efficacité énergétique et la gestion des matières premières. Au sein de cet univers, nous pratiquons le ‘stock-picking’. Bien entendu, nous observons également les critères ESG. Il est important de savoir comment les entreprises gèrent ces risques.”

Si l’ISR suscite un intérêt croissant en Europe, Bruce Jenkyn-Jones remarque de plus en plus d’oreilles tendues aux États- Unis. “Surtout au sein des jeunes générations d’Américains, plus conscientes de défis tels que le réchauffement climatique. Inquiets pour leur avenir, ces jeunes ont conscience que des entreprises s’en préoccupent de manière positive. Les performances historiques des investissements socialement responsables aident aussi, naturellement. Cela reste des Américains: ils écoutent deux fois plus attentivement quand il y a de l’argent à gagner! (Rires.)”

20/10/2016