Investir avec un impact social, de la Belgique à l’Inde

L’impact investing permet de résoudre des problèmes sociétaux avec des compétences et des capitaux issus du secteur privé. Charles-Antoine Janssen, cofondateur et codirecteur de Kois Invest, salue l’évolution d’un secteur où l’on peut désormais investir dans toutes les classes d’actifs, pour tous les profils de risque et de rendement, tout en obtenant un impact réel sur la société.

Partout dans le monde, le secteur public joue un rôle capital de régulation et d’intervention dans les problèmes sociaux et environnementaux, mais l’ampleur des défis est telle qu’il ne peut tout résoudre seul”, lance Charles-Antoine Janssen. “D’autant qu’une myriade d’innovations technologiques, managériales et financières font émerger des solutions efficientes et profitables dans tous les secteursclés pour l’avenir: santé, éducation, agroindustrie durable, inclusion financière, logement social et écologique, etc. Voici dix ou quinze ans, l’idée était de réaliser des profits de façon classique, pour ensuite effectuer des donations. Un peu plus tard, les investissements à caractère social sont apparus, mais leur rendement était nettement moindre. Avec l’impact investing d’aujourd’hui, il est devenu possible d’obtenir un résultat sociétal fort, avec un profil de risque/profit comparable à des investissements commerciaux de même type.”

Actifs décorrélés de la Bourse

Kois Invest intervient selon trois axes: le conseil, la structuration de projets de finance sociale innovante et la gestion de fonds dédiés. La société a imaginé la première “obligation à impact social” (Social Impact Bond, ou SIB) belge (lire l’encadré), posant ainsi la première pierre d’une finance sociale profondément novatrice. “De tels mécanismes, qui externalisent les risques et mobilisent des ressources jusque-là indisponibles, offrent aux investisseurs des actifs non corrélés à la Bourse et plus rentables qu’un carnet d’épargne”, assure le cofondateur de Kois Invest. “En général, l’impact social est important, et le mesurer fait d’ailleurs partie de nos missions.” Cette quantification est souvent complexe; elle nécessite notamment de sortir des sentiers battus d’indicateurs comme la variation du PIB ou du chiffre d’affaires. Il s’agit de quantifier le bienêtre créé par une opération telle que la construction de centres de revalidation dans des pays touchés par la guerre. Un défi dont la gestion a été confiée à Kois Invest par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le gouvernement belge, en janvier dernier, grâce à un instrument financier innovant: les obligations à impact humanitaire.

De la micro-entreprise à la multinationale

À travers plusieurs partenariats ou comme conseil, Kois Invest permet à des fonds privés d’agir dans des secteurs aussi variés que l’immobilier social en Belgique, les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’agro-industrie durable, des énergies renouvelables, etc. Le tout en privilégiant les investissements dans de petites et moyennes entreprises. Pour les multinationales, d’autres outils existent afin de conjuguer leur énorme capacité d’exécution et d’engagement à long terme au bouillonnement d’idées d’entrepreneurs sociaux à la recherche de financement. “Les entreprises à but lucratif, quelle que soit leur taille, cherchent à donner plus de sens à leur action”, assure Charles-Antoine Janssen. “Elles savent qu’ainsi, collaborateurs, clients et partenaires donnent le meilleur d’eux-mêmes. Plus prosaïquement, elles trouvent dans ces nouveaux pans d’activité des relais de croissance profitables.” Mettre au service du secteur caritatif des compétences venant du privé, c’est aussi le principe de l’ASBL Toolbox, cofondée par Charles-Antoine Janssen en Belgique en 2001 et en Inde en 2007.

 

Les entreprises à but lucratif, quelle que soit leur taille, cherchent à donner plus de sens à leur action.

Charles-Antoine Janssen, KOIS INVEST

Après avoir travaillé en Inde pour le compte d’UCB, il a développé pour ce pays-continent une version spécifique de cet outil. C’était en 2007. “Le but est d’offrir du conseil à des ONG engagées dans des démarches de changement”, résume le codirecteur de Kois Invest. “Toolbox fait notamment intervenir des experts du management stratégique, des ressources humaines, du numérique, de la communication-marketing. Un coaching ciblé, doublé d’un retour permanent des expériences menées sur le terrain, afin d’alimenter une base de connaissances et d’expertises permettant une amélioration constante des prestations offertes.” Charles-Antoine Janssen vient de déménager en Inde avec sa famille afin d’y ouvrir le bureau de Kois Asie. L’inefficacité du gouvernement indien crée des besoins sociétaux gigantesques. L’ingéniérie frugale, l’abondance d’informaticiens, le dynamisme entrepreneurial indien ont embrassé ces besoins pour en faire des solutions profitables et exportables.


 

Le premier Social Impact Bond belge

Début 2014, Kois Invest a élaboré et lancé un Social Impact Bond (SIB), dont le but – en grande partie atteint – était l’insertion professionnelle de 180 jeunes immigrés de première génération à Bruxelles. L’opération, menée en partenariat avec l’ONG bruxelloise Duo for a Job et Actiris, reposait notamment sur du mentorat impliquant des Belges de plus de 50 ans. Chaque individu trouvant un travail représentait un bénéfice net pour le gouvernement bruxellois, bénéfice qu’il était prêt à partager avec les investisseurs de ce SIB.

20/10/2016
Impact Investing