“Il n’y a aucune raison de s’alarmer mais il faut rester pragmatique”

L’an dernier, le marché de l’investissement durable a affiché une croissance remarquable et remarquée. Ceci dit, l’élection de Donald Trump, climato-sceptique notoire, incite à la vigilance.

“La COP21, la conférence de Paris sur le climat, a incontestablement provoqué un effet domino”, peut-on lire dans le rapport publié en novembre 2016 par Eurosif. La fédération européenne de promotion de l’investissement durable et socialement responsable (ISR) ne cache pas sa satisfaction. Le marché européen de l’ISR pesait en effet 22.892 milliards d’euros en 2015, soit 40% de plus qu’en 2013.

Cependant, les nuages noirs s’amoncellent à l’horizon. Depuis la publication de ce rapport, les Américains ont élu Donald Trump à la présidence des États-Unis, et celui-ci entend donner la priorité aux énergies fossiles. “Il n’y a aucune raison de s’alarmer face à l’élection de Trump, mais il n’en faut pas moins rester pragmatique”, affirme Flavia Micilotta, directrice d’Eurosif.

 

L’arrivée de Trump ne freinera pas la croissance des investissements durables

Flavia Micilotta ne croit pas que l’élection de Trump asséchera la croissance du marché de l’ISR. “De manière assez compréhensible, l’US SIF, notre partenaire américain, adoptera un positionnement plus prudent afin de s’assurer que les États-Unis tiennent les engagements pris lors de l’accord climatique de Paris, quant à l’élaboration du Clean Power Plan par exemple.”

L’élection de Trump n’aura pas raison de la ‘realpolitik’. Ainsi, tant les constructeurs automobiles que les autres Etats américains suivront les normes d’efficacité de carburant édictées par la Californie, même si le gouvernement fédéral laisse tomber la COP21. En outre, les investissements des entreprises en matière d’énergie portent généralement sur plusieurs décennies. Il est donc peu probable qu’elles jouent leur va-tout sur une décision draconienne de Trump concernant les carburants fossiles, sachant que les futurs présidents peuvent changer de cap tout aussi vite.

 

La première stratégie est celle de l’exclusion

En 2015, la principale stratégie ISR mise en œuvre dans les pays européens étudiés par Eurosif demeurait celle de l’exclusion. Il importe, dans ce cadre, de ne pas investir dans certains secteurs, tels que les armes et la pornographie. Cette stratégie représente 10.000 milliards d’euros, soit 48% du total des actifs ISR gérés par des professionnels.

 

48%

En 2015, 48% du total des actifs ISR gérés par des professionnels tombaient sous la stratégie de l’exclusion.

La deuxième stratégie par ordre d’importance est celle de la sélection basée sur des normes et qualifiée de ‘Best in class’. Les gestionnaires de fonds mesurent chaque entreprise à l’aune de normes environnementales et sociales spécifiques et par rapport à la qualité de sa gouvernance (ESG). Dès lors qu’une entreprise du portefeuille ne satisfait plus à ces normes, le gestionnaire a deux possibilités: l’abandonner ou nouer le dialogue avec elle dans le but d’obtenir un changement de cap durable.

 

Les particuliers montent en puissance dans les investissements socialement responsables

Si le marché de l’ISR reste clairement dominé par les investisseurs institutionnels, il remporte un succès grandissant auprès des particuliers. Les investisseurs retail ont en effet franchi des pas de géant ces dernières années. Alors qu’ils ne prenaient que 3,4% du marché européen à leur compte en 2013, leur part atteint désormais 22%. En Belgique où le marché retail de l’ISR est beaucoup plus avancé, cette proportion atteint 62%. Ici aussi, les stratégies privilégiées sont l’exclusion et le screening basé sur les normes.

 

Dissiper les malentendus autour de la rentabilité reste une tâche difficile

Etonnant: les doutes concernant la performance des investissements ISR constituent le principal frein à la poursuite de la croissance du marché. “C’est un mythe auquel il est difficile de tordre le cou”, déplore Flavia Micilotta. “Auparavant, les investisseurs qualifiaient les principes ESG de ‘critères intangibles’. Ils sont au contraire bien tangibles, puisqu’ils débouchent sur de réelles performances financières!”

 

“Auparavant, les investisseurs qualifiaient les principes ESG de ‘critères intangibles’. Ils sont au contraire bien tangibles, puisqu’ils débouchent sur de réelles performances financières!”

Flavia Micilotta, EUROSIF

Les investisseurs durables ont opté pour des solutions plus sûres

Ces dernières années ont surtout été marquées, au sein de l’univers de l’investissement durable, par un glissement clair des actions vers les produits à revenus fixes. En 2014, la moitié des investissements étaient encore réalisés en actions; l’an dernier, cette proportion n’était plus que 30%. La part des obligations a évolué dans l’autre direction, passant de 40 à 64%.

Cette évolution est en partie liée au succès des obligations vertes. Ce type d’obligations relativement neuf consiste à collecter des fonds pour les investir dans des projets qui améliorent la qualité de l’environnement. Nées vers 2007 d’une initiative de la Banque européenne d’investissement (BEI), les obligations vertes représentent aujourd’hui un marché de 150 milliards de dollars, notamment parce qu’un nombre croissant d’entreprises privées ont commencé à en émettre.

 

150 milliards de dollars

Les obligations vertes représentent aujourd’hui un marché de 150 milliards de dollars.

Quelque 40 milliards de dollars de nouvelles obligations vertes sont arrivées sur le marché pour la seule année 2015, et l’on estime que le compteur affichera plus du double de ce montant à la fin de 2016. Pourtant, les obligations vertes assurent toujours moins de 1% du marché obligataire mondial.

 

La durabilité s’approche de l’obligation fiduciaire

Flavia Micilotta décèle une tendance claire à l’intégration des principes ESG dans l’obligation fiduciaire. Mais cela reste de l’ordre de l’autorisation: il n’y a pas d’obligation légale. “Les dirigeants politiques doivent définir sans ambiguïté une obligation fiduciaire qui accorderait aux principes ESG toute l’attention qu’ils méritent”, estime la directrice d’Eurosif.

 

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“Les risques qu’ils identifient peuvent avoir un impact majeur sur les entreprises – pensez au changement climatique. Les clients ont tout intérêt à ce que leurs gestionnaires de fonds réfléchissent à long terme et intègrent par conséquent les principes ESG dans leurs décisions d’investissement.”

04/01/2017
best-in-class, durabilité, obligations vertes