Quel est le point commun entre l’épargne et le chocolat?

Tous deux sont bons pour vous… à condition de ne pas exagérer. Quand une personne épargne, c’est une bonne idée. Mais que se passe-t-il si tout le monde se met subitement à épargner, par exemple parce que des nuages menaçants pointent à l’horizon?

Un cercle vicieux se dessine: l’épargne pèse sur la demande; la production et la croissance ralentissent; les licenciements commencent; les revenus baissent; les possibilités d’épargner diminuent et le pessimisme s’amplifie. L’économiste John Maynard Keynes y voyait le paradoxe de l’épargne. Keynes était d’ailleurs un grand amateur de chocolat. Ces dernières années, on a vu apparaître un deuxième paradoxe de l’épargne. Non seulement l’épargne massive entraîne un ralentissement de la croissance et la confirmation du pessimisme, mais la manière dont on épargne favorise aussi le désarroi général. Notre pessimisme nous incite à épargner dans des actifs sans risque… mais aussi sans rendement. Conséquence? On mettra davantage d’argent de côté pour tenter malgré tout d’atteindre ses objectifs d’épargne. Il y a donc moins de consommation, encore moins de croissance, des taux d’intérêt encore plus bas et une épargne qui grimpe en flèche.

Ce paradoxe de l’épargne au carré exige une approche radicale. Les pouvoirs publics doivent rassurer les citoyens et établir clairement que les réformes structurelles actuelles permettront de préserver le système des pensions. Autrement dit, souligner le fait qu’en travaillant plus longtemps, on diminuera presque de moitié le surcoût estimé du vieillissement d’ici à 2060. Les mesures adéquates pourraient apporter 12 points de croissance supplémentaire au cours des 20 prochaines années, a calculé la Commission européenne. En raison de son retard en matière de taux de participation notamment, la Belgique affiche même une marge de progression de 16 points. Sachant que le potentiel de croissance à long terme dépasse à peine 1%, c’est un monde de différence. Le dernier chantier est entre nos mains. Un risque accru produit davantage de croissance – et rapporte plus. Car si le capital est largement disponible (comme c’est le cas aujourd’hui), il n’engendre pas de rendement. C’est ce que Keynes appelait “l’euthanasie du rentier”. Ces 13 dernières années, l’inflation a augmenté plus rapidement que le rendement sur les comptes d’épargne. Et il n’y aura pas de changement au cours des années à venir.

Encourager les investissements en actions devrait être une évidence. Avec un rendement de dividende moyen de 3,5% actuellement et une hausse annuelle de dividende de 10%, les actions l’emportent aisément face au compte d’épargne. Même si son cours baissait de 50% en 10 ans, l’action resterait plus rémunératrice. Pour les épargnants moins réticents à prendre des risques, il existe également des alternatives fiscalement intéressantes. Ceux qui investissent dans une entreprise débutante bénéficient d’une réduction de 30 ou 40% à l’impôt des personnes physiques. C’est possible directement ou indirectement, via une plate forme de crowdfunding ou un fonds de starters. Aujourd’hui, “pas de risque” signifie plus que jamais “pas de rendement”. Et “plus d’épargne” est synonyme de “moins de croissance”. Il est grand temps: mettez réellement votre épargne au travail!

 

Koen De Leus
Économiste en chef de BNP Paribas Fortis

Koen De Leus, Économiste en chef de BNP Paribas Fortis
22/02/2017