“Nous avons besoin de plus d’argent mais aussi de plus d’argent intelligent”

Les entreprises en forte croissance qui veulent se financer n’ont pas la vie facile en Europe. Des règles moins strictes pour les investisseurs institutionnels pourraient créer davantage de capital-risque.

Lorsqu’elles partent en quête de capitaux, les scale-up européennes, c’est-à-dire les entreprises de croissance qui commencent à travailler à beaucoup plus grande échelle, constatent souvent que les montants qu’elles décrochent ne sont pas à la hauteur de leurs ambitions. “Une scale-up qui a besoin de 5 à 10 millions d’euros pour se développer et percer à l’échelle internationale traverse souvent une phase terriblement difficile”, confirme Sophie Manigart, professeur en financement d’entreprises à la Vlerick Business School.

“C’est un peu la maladie de l’Europe continentale: nous ne parvenons pas à regrouper nos ressources. Malgré la multiplication des fonds d’investissement en capital-risque ces dernières années, leur taille demeure relativement modeste par rapport à ce que l’on rencontre dans la Silicon Valley ou à Boston. Outre-Atlantique, un fonds moyen dispose de plus de 100 millions de dollars; un tel montant vous hisse parmi les leaders de ce segment en Europe.”

 

C’est un peu la maladie de l’Europe continentale: nous ne parvenons pas à regrouper nos ressources.

Sophie Manigart, professeur en financement d’entreprises à la Vlerick Business School

Comment développer le paysage européen de l’investissement? “Pourquoi ces fonds sont-ils plus grands aux États-Unis? Parce que les investisseurs institutionnels y jouent un rôle nettement plus important. Depuis la crise financière, l’Europe a une peur bleue des risques et complique considérablement la tâche des fonds de pension et autres assureurs qui souhaitent investir dans du capital-risque. Avec leur horizon à très long terme, il n’y a pourtant aucun sens à les contraindre à n’investir que dans des obligations de grande qualité mais à faible rendement! Ces institutionnels pourraient aisément réunir l’argent des petits épargnants et l’investir en partie en capital-risque.

Heureusement, la Commission européenne prend conscience qu’elle pénalise ces  investissements. Des changements sont imminents.” La quête de financement n’est pas la seule raison qui pousse les scale-up à émigrer dans la Silicon Valley, remarque encore Sophie Manigart: “Elles y trouvent de l’expertise, des réseaux et de la main-d’oeuvre de qualité. Sans compter qu’elles se rapprochent de leurs clients et de leurs fournisseurs. Il s’agit d’un package total d’’argent intelligent’. L’Europe doit faire davantage pour créer un écosystème similaire.”

Instruments fantastiques

Le professeur est un peu plus positif quant à la situation des starters. “Pour ce qui concerne la première opération de financement, la Belgique s’en sort bien, grosso modo.” Il existe en outre des formules fiscalement intéressantes pour les petits entrepreneurs qui recherchent du capital de croissance, comme le prêt gagnant-gagnant en Flandre et le prêt “Coup de pouce” en Wallonie. “Ces instruments sont fantastiques mais malheureusement trop peu utilisés”, déplore Sophie Manigart.

“Peut-être par manque de notoriété ou de promotion.” Pour l’épargnant moyen, cette forme de financement reste cependant risquée, souligne-t-elle encore. “Peu de gens acceptent l’éventualité de perdre une grande partie de leur mise. Les pouvoirs publics pourraient limiter les pertes par un régime de garantie, mais cela reste naturellement du capital-risque.”

22/02/2017