Les taux bas poussent les épargnants vers des alternatives

Les banques constituent un maillon important de l’économie parce qu’elles transforment l’épargne en crédits. Or, les taux actuels incitent de plus en plus les épargnants à se tourner vers des alternatives, ce qui met le modèle de rentabilité des banques sous pression.

Contrairement à ce que l’on dit parfois, l’argent placé sur votre compte d’épargne ne dort pas. Selon les chiffres de la fédération sectorielle Febelfin, plus de 70% de l’épargne est transformée en financements pour les ménages, les entreprises et les pouvoirs publics. Les banques constituent ainsi le lubrifiant de l’économie.

Pour résumer, elles se rendent illiquides afin de rendre l’économie liquide. En échange, elles reçoivent une “marge d’intermédiation”, soit la différence (généralement) positive entre le taux sur les crédits à long terme et le taux sur les dépôts d’épargne. Du point de vue des banques, l’épargne n’est rien d’autre qu’une dette contractée vis-à-vis des déposants. Sur un bilan toujours en équilibre, elles doivent avoir un poste correspondant du côté de l’actif. On y trouve non seulement les crédits accordés, mais aussi, par exemple, les titres que la banque a achetés sur les marchés financiers. La hauteur de la rémunération des épargnants dépend du niveau de taux de base que fixe la Banque centrale européenne.

Autrement dit, le taux à court terme que les banques doivent payer pour emprunter de l’argent à un jour auprès de la BCE et couvrir leurs besoins de financement. Les taux à long terme que facturent les banques sont le fruit de la combinaison de taux à court terme successifs plus élevés. Plus les épargnants sont prêts à renoncer à leur argent sur une période étendue, plus la compensation qu’ils peuvent attendre est élevée. étant donné que la BCE cloue le taux de base à un plancher depuis plusieurs années, la rémunération des comptes d’épargne est à l’avenant. L’inflation étant supérieure au taux, l’épargnant perd même de son pouvoir d’achat. Dans sa quête de rendement, il est ainsi contraint d’accepter davantage de risques, par exemple en investissant en Bourse. Il peut cependant réduire ces risques avec un portefeuille bien diversifié ou un fonds de placement.

Forces structurelles

Les banques souffrent elles aussi de la politique monétaire extrêmement souple de la BCE. Car les taux bas pèsent sur leurs marges d’intérêt. Jan Smets, gouverneur de la Banque nationale de Belgique, nuance toutefois l’impact des banques centrales sur le niveau des taux: “En fin de compte, les rendements réels dans l’économie sont davantage le produit de forces structurelles que d’une politique monétaire. Les doutes suscités par le financement du vieillissement de la population et l’accroissement des inégalités en matière de revenus, par exemple, ont gonflé le taux d’épargne ces dernières années. La demande d’investissement a souffert de la baisse des prix des biens d’investissement et de l’incertitude politique après la crise. Le taux d’équilibre entre épargne et investissements a donc baissé. Si la BCE n’avait pas adapté sa politique de taux, la sousexploitation des capacités aurait été plus marquée dans l’économie.”

 

Les doutes suscités par le vieillissement de la population et l’accroissement des inégalité en matière de revenus ont gonflé le taux d’épargne.

Jan Smets, gouverneur de la Banque nationale de Belgique

La politique des banques centrales ne consiste pas uniquement à fixer le taux de base, ceci dit. Avec leurs programmes de rachat d’obligations, elles ont contribué à ce que plus de 70% des obligations publiques rapportent moins de 1%. Jan Smets reconnaît que ces opérations ont exercé une pression baissière considérable sur les taux à long terme et ont donc réduit la marge d’intérêt des banques. “Néanmoins, la rentabilité des banques ne dépend pas de la seule marge d’intérêt”, remarque-t-il. “L’impact de taux bas – et surtout de la politique monétaire – à court terme n’est pas uniquement négatif. Ainsi, un environnement dans lequel les taux sont bas accroît la demande de financements et améliore la qualité des encours de crédit. En outre, le système européen offre aux banques des prêts à quatre ans à un taux négatif de 40 points de base (ce qui signifie qu’elles gagnent donc en empruntant, NDLR) si elles octroient suffisamment de crédits aux entreprises.”

Les problèmes empireront si l’environnement de taux bas se maintient, prévient Jan Smets. “Certains de ces effets positifs s’évaporeront alors même que la marge d’intérêt restera sous pression. Cette pression est même appelée à augmenter, parce que les banques voient leurs marges d’intérêt diminuer au fil des réinvestissements à des taux et rendements de plus en plus bas, tandis que le rendement des dépôts des clients ne semble plus pouvoir diminuer. C’est principalement le revenu des dépôts des ménages qui reste en pratique positif; les entreprises, quant à elles, ne se voient imputer qu’un taux négatif limité sur leurs fonds.”

 


 

EN DÉSÉQUILIBRE

En tant que gardien monétaire de la zone euro, la BCE contraint les banques – et les épargnants – à investir de façon plus risquée, alors que, dans son rôle d’organe de surveillance, elle les dissuade de prendre des risques. Cette situation schizophrénique est la conséquence des normes de Bâle III en matière de capital, qui exigent des banques qu’elles tiennent compte des risques qu’elles courent dans la valorisation de leurs actifs. Seule exception notoire à ce principe dans la plupart des pays européens: les banques sont autorisées à faire complètement abstraction des obligations publiques dans leurs contraintes de réserves de capitaux.

Pourtant, la crise de la dette a démontré que ces créances n’étaient pas sans risque. Selon Jan Smets, gouverneur de la Banque nationale de Belgique, des méca – nismes complémentaires sont souhaitables afin de détacher davantage le système financier des finances publiques nationales. “Tant au niveau européen qu’international, une réflexion a été amorcée sur le traitement prudentiel des risques que détiennent les banques sur les États. Cette réflexion n’a toutefois pas encore mené à des propositions politiques concrètes.”

22/02/2017
taux bas