L’échec est une option

Aucun parent qui apprend à son enfant à rouler à vélo ne lui dit après sa dixième chute: “Arrête. Tu n’y arriveras jamais, de toute façon.” Au contraire, vous laissez l’enfant prendre des risques limités. Et s’il tombe à nouveau? Vous l’aidez à se corriger et l’encouragez à recommencer. Pour les jeunes enfants, l’échec fait simplement partie de l’apprentissage. Or, cette attitude change subitement à leur entrée à l’école primaire. Là, il y a l’instituteur armé d’un stylo rouge, qui se concentre uniquement sur ce qu’un enfant ne parvient pas à faire. Ce phénomène se reproduit partout.

Auparavant, mes enfants regardaient une série télévisée qui avait pour slogan: “Échouer n’est pas une option”. Comment s’étonner, dans ces conditions, que les Belges n’osent pas prendre de risques? Que la peur de l’échec soit si grande? Que ceux qui s’engagent dans l’entrepreneuriat s’entendent dire qu’ils sont responsables de leur malheur – et qu’ils y ont précipité toute leur famille? Que nous incitions les jeunes à forcément débuter leur carrière en tant que salariés? Mais pourquoi, en fait? Malgré tous les filets de sécurité dont nous disposons dans notre pays, la crainte du risque est profondément ancrée dans nos esprits. Je connais un entrepreneur qui n’osait même pas assister à nos présentations sur les faillites: “Et si mon banquier est dans la salle?”

Aux États-Unis, il en va tout autrement. Les filets de sécurité y sont certes beaucoup moins développés… mais il en va de même de l’aversion au risque. Les investisseurs y disent aux entrepreneurs: “Excellente idée. Accumulez d’abord un peu d’expérience. Et lorsque vous aurez surmonté quelques faillites, nous en reparlerons.” En Belgique, une faillite vous place sur une liste noire; aux États-Unis, elle est une preuve précieuse que l’on a grandi. Conséquence? Les entreprises se développent beaucoup trop lentement chez nous. Nos start-up sont réduites en miettes par des concurrents internationaux qui osent.

 

Si les Belges s’attribuent rarement les mérites de leur réussite, un échec est toujours de leur faute.

Karen Boers, startups.be

Être le meilleur en Belgique ne suffit plus: si un plus grand concurrent arrive sur le marché français ou néerlandais, il inondera également la Belgique. Nous devons donc grandir davantage et plus vite. Et dans la course pour être le premier ou le plus grand, il faut oser. Sans quoi la bataille est perdue d’avance. Pour annihiler cette aversion typiquement belge au risque, il faut en discuter. Lors des “Faal Follies”, les soirées thématiques que nous organisons sur ce thème, des gens témoignent de leur faillite.

Constat étonnant: si les Belges s’attribuent rarement les mérites de leur réussite, un échec est toujours de leur faute. Que révèlent ces témoignages? Une fois les émotions dissipées, l’échec est tout simplement une très bonne école. Malgré les difficultés financières, le sentiment de honte et les coups portés à la confiance en soi, nos interlocuteurs referaient tous la même chose s’ils pouvaient remonter le temps. Car l’expérience en vaut la peine.

Comme l’a dit un entrepreneur: “Auparavant, j’étais arrogant au point de croire que j’étais capable de tout faire. Aujourd’hui, je sais que je dois m’entourer de gens qui sont plus compétents que moi dans certains domaines.” Le renversement est en cours. Il n’est plus aussi difficile de trouver des orateurs pour nos conférences sur les faillites. Leurs histoires sont reprises plus largement dans les médias, et ceux-ci évoquent désormais les échecs qui ont précédé chaque succès. Les pouvoirs publics lancent des initiatives. Le processus est lent, néanmoins.

Si je pouvais changer une seule chose, je demanderais à tous les instituteurs d’abandonner leur stylo rouge. Je leur donnerais un stylo vert pour mettre en évidence tout ce qui est bon. Je ferais en sorte que les enfants apprennent très tôt que chaque réussite – dans sa vie privée, dans le sport ou dans une entreprise – est précédée d’échecs dont on s’est relevé.

Karen Boers,
Startups.be

 

 

22/02/2017
Karen Boers, startups.be