L’argent ne dort pas, mais peut-il rêver?

On entend souvent dire qu’en Belgique, environ 260 milliards d’euros dorment sur les comptes d’épargne. C’est totalement faux. Et ce, à deux titres.

L’argent placé sur les comptes d’épargne ne dort pas: il a été prêté aux clients des banques. Cet argent a permis à des ménages d’acheter ou de faire construire des maisons, des appartements ou d’autres immeubles, et à des entreprises de financer des achats et des livraisons, de consentir des investissements. L’argent ne dort pas, il travaille. On a pourtant le sentiment que cette situation n’est plus tenable.

Cette impression naît du fait que l’argent qui se trouve dans les livres des banques court peu de risques, ce qui est indispensable. Une banque doit veiller à rester liquide et solvable en permanence. Concrètement, cela signifie qu’elle doit garder la capacité de rembourser les dépôts si ceux-ci étaient sollicités de manière inopinée, et qu’elle ne peut pas perdre d’argent dans des créances de moindre qualité. Disposer d’un éventail de possibilités plus étendu exige de prendre davantage de risques. Reste à savoir de quel risque il s’agit et qui doit le supporter.

 

Notre économie a besoin d’une nouvelle vague d’investissements.

Herman Daems, BNP Paribas Fortis

La banque ne peut guère courir de risques supplémentaires. Les crises bancaires ont montré les conséquences d’une absence de liquidité ou de solvabilité des institutions bancaires. L’économie s’arrête, tout simplement. Ce sont avant tout les entrepreneurs qui doivent prendre des risques. Ils sont mieux placés pour les évaluer. Les banques sont là pour les aider à supporter les risques de manière intelligente. Elles le font en créant des instruments financiers assortis de plusieurs niveaux de risques, auxquels leurs clients peuvent souscrire. Voici un rôle essentiel des banques: permettre aux investisseurs de prendre des risques justifiés et aux épargnants, s’ils le décident, de bénéficier du surcroît de rendement que peuvent dégager des investissements risqués.

De quels risques s’agit-il? Surtout d’investissements. Notre économie a besoin d’une nouvelle vague d’investissements. Plusieurs raisons à cela. Davantage d’investissements, c’est d’abord et avant tout davantage de demande. Les investissements favorisent ainsi l’activité économique. Or, force est de constater que la faiblesse des investissements qui prévaut depuis des années pèse sur l’activité économique en Belgique et en Europe.

Est-il opportun d’investir dans la conjoncture économique que nous connaissons? La question est difficile. Chaque entrepreneur opérera une évaluation différente des opportunités et des menaces. Il revient à l’investisseur d’en tirer le bilan. Ceci étant, l’histoire économique nous apprend que les périodes de crise sont porteuses d’opportunités. Et c’est assurément le cas de celle que nous traversons. Nous vivons une révolution technologique inédite, qui touche toutes les activités.

C’est assez nouveau. Auparavant, ces révolutions se limitaient à quelques secteurs ou activités; à présent, la technologie crée des opportunités partout. Aucun secteur, aucune activité n’y échappe. La révolution scientifique élargit également les marchés. Des portes s’ouvrent pour les entrepreneurs dans les soins de santé, le secteur culturel, les services. Changer en profondeur les entreprises et les faire croître par des acquisitions est à portée de main. Bref, il y a des possibilités. Beaucoup de possibilités.

Dans ce numéro de BNQ, nous montrons de quelle façon les entrepreneurs peuvent relancer les investissements en collaboration avec les banques, et donner forme aux rêves qu’ils nourrissent pour notre économie et notre société. Un grand nombre d’entre nous ne voient que des tendances négatives: protectionnisme, Europe sous pression, processus de changement continu, concurrence féroce. Les pages qui suivent nous apprennent qu’il existe une autre réalité et que des entrepreneurs expérimentés et des starters se retroussent les manches pour réaliser leurs rêves.

 

Herman Daems,
Président du conseil d’administration
BNP Paribas Fortis

 

Herman Daems, BNP Paribas Fortis
22/02/2017