“La crise financière reste gravée dans les mémoires”

Quels risques les Belges consentent-ils encore à courir avec leur épargne et leurs investissements? Répondre à cette question est très difficile.

On dispose par exemple de chiffres sur les investissements dans les fonds, mais comme les investisseurs peuvent aussi opter pour des fonds très conservateurs, ces montants sont peu significatifs de leur appétit pour le risque. Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, ne pense cependant pas qu’il existe une aversion au risque typiquement belge: “On observe ces réticences ailleurs. Ce qui s’est passé durant la crise financière n’y est pas étranger: de nombreuses personnes ont perdu beaucoup d’argent à l’époque. La crise reste gravée dans les mémoires et influence le comportement de tout un chacun.”

Les pouvoirs publics n’ont pas vocation à expliquer aux citoyens qu’ils doivent investir davantage en actions, estime Paul De Grauwe. “Qui, au gouvernement, peut se targuer de pouvoir dire ce qui est bon en termes de diversification et de penchant pour le risque, et ce qui ne l’est pas? Les pouvoirs publics doivent rester neutres dans leur fiscalité, donc éviter de promouvoir l’une ou l’autre forme d’investissement, comme c’est aujourd’hui le cas avec les comptes d’épargne.” Des avoirs d’épargne importants reflètent également un manque de confiance dans l’avenir, analyse-t-il.

“On note un conservatisme similaire du côté des entreprises qui doivent investir. Le gouvernement ne peut pas ‘activer’ cette dimension d’un coup de baguette magique. Cela doit venir de la demande de nouveaux projets d’investissement; la situation se résoudra alors d’elle-même.” L’État n’est pas impuissant, précise encore Paul De Grauwe.

“Aujourd’hui, tout le monde anticipe et évite les risques. Si les gouvernements pouvaient investir davantage eux-mêmes, ils stimuleraient les investisseurs privés à les suivre sur cette voie. Or, ils le font encore trop peu, parce que l’Europe interdit de financer des investissements publics par des émissions obligataires. Pourtant, les États pourraient emprunter presque gratuitement aujourd’hui. Et l’on continue ainsi à se contenter de bricolages.”

27/03/2017