Du microcredit aux méga-investissements

Les investissements alternatifs permettent aux épargnants de prêter directement de l’argent à des entreprises dans lesquelles ils croient…voire de plonger dans une piscine qu’ils ont contribué à financer.

Les Belges peuvent peser de plusieurs manières sur l’utilisation concrète qui est faite de leur épargne. En investissant dans des fonds qui pratiquent l’impact investing par exemple, ils placent leur argent dans des entreprises qui visent un rendement à la fois financier et social. Il existe d’autres formules d’investissement durable, parmi lesquelles l’ESG, une stratégie qui consiste à sélectionner les entreprises qui obtiennent des scores élevés en fonction de critères écologiques, sociaux et de gouvernance.

La possibilité la plus concrète reste sans doute le crowdfunding. Cette forme de financement suscite surtout l’intérêt des start-up qui ne peuvent s’adresser aux banques en raison de risques trop élevés ou de leur incapacité à apporter des fonds propres suffisants. Via l’internet, elles sollicitent directement de petits bailleurs de fonds afin de financer leurs produits. Si elle est couronnée de succès, l’opération a aussi valeur d’étude de marché et constitue une référence de choix lorsqu’il s’agira de décrocher des financements bancaires complémentaires. Le crowdfunding existe sous différentes manifestations.

Du point de vue des investissements, nous ferons abstraction du crowdfunding non financier (dons et aide en échange d’une compensation donnée, comme les premiers produits de l’entreprise). Les montants concernés sont de toute manière négligeables. La forme de crowdfunding qui se rapproche le plus de l’investissement est le crowdlending (littéralement “prêt de la foule”). Celui-ci peut passer à la fois par des emprunts subordonnés et par une participation au capital. Le bureau de recherche spécialisée Massolution a calculé que le crowdlending pesait 73% du montant total collecté par crowdfunding à l’échelle mondiale en 2015.

 

Le crowdfunding demeure un placement risqué, qu’il s’agisse de prêts ou d’actions.

Michiel Van Hove, Hello crowd

Le crowdfunding a fait un bond spectaculaire en Belgique. “Pour l’année 2016, nous avons atteint un total de 29,9 millions d’euros, soit le triple du niveau de 2015”, explique Michiel Van Hove, business developer de la plateforme de crowdfunding Hello crowd!. “Néanmoins, nous sommes loin derrière les États-Unis et nos pays voisins. Aux Pays-Bas par exemple, le crowdfunding atteignait 170 millions d’euros l’an dernier.” Si l’on en croit une enquête de Hello crowd!, plus de la moitié des Belges connaissent pourtant le crowdfunding. “Cela ne signifie pas qu’ils savent comment il fonctionne”, nuance Michiel Van Hove.

“Les Belges sont assez réservés face à la nouveauté et au risque; c’est dans leur culture. Et le crowdfunding demeure un placement risqué, qu’il s’agisse de prêts ou d’actions.” Sans oublier les règles strictes encadrant le montant qui peut être collecté et investi. Selon la législation belge, un projet de crowdfunding ne peut en effet dépasser 300.000 euros, avec une mise maximale de 1.000 euros par investisseur. Si la levée de fonds se fait via une plateforme de crowdfunding agréée, le montant passe à 5.000 euros par investisseur individuel. Les entreprises qui désirent collecter davantage sont obligées de rédiger un prospectus. Une procédure longue, coûteuse et qui doit être soumise à la FSMA, l’organe de surveillance des marchés financiers.

Meilleure infrastructure

Tout aussi concrets mais à l’opposé de la dimension modeste et très accessible du crowdfunding, on retrouve les investissements dans les partenariats publicprivé (PPP). Ils permettent de produire de meilleures infrastructures mais aussi d’obtenir un rendement financier attrayant pour les épargnants. La forme la plus fréquente de PPP est le DBFM (“design, build, finance & maintain”, soit “conception, construction, financement et maintenance”), indique Franky De Wispelaere, expert chez BNP Paribas Fortis.

Les pouvoirs publics permettent ainsi à des parties privées – comme des assureurs et des fonds de pension – d’investir dans des écoles, des piscines, des routes et des hôpitaux. Ils peuvent ensuite louer ces bâtiments, ce qui engendre des rendements garantis. Pour le petit épargnant, il n’est pas évident d’investir directement dans des projets PPP. C’est toutefois possible via des investisseurs institutionnels, tels que des fonds de pension et des fonds de placement.

 

Le fleuron du PPP en Belgique n’en reste pas moins le projet “écoles de demain” de la Région flamande.

Aujourd’hui, le PPP est surtout une spécialité flamande et fédérale. Au niveau fédéral, citons les projets de prison de la Régie des bâtiments, parmi lesquels le site de Marche-en-Famenne. Côté flamand, les projets liés à des “chaînons manquants” dans l’infrastructure sont majoritaires, et notamment la construction de l’A11 entre Bruges et Knokke. Le fleuron du PPP en Belgique n’en reste pas moins le projet “écoles de demain” de la Région flamande. Un projet DBFM de 1,7 milliard d’euros dont BNP Paribas Fortis est l’un des actionnaires majoritaires. À la fin de la période d’exploitation de 30 ans, la Région flamande redeviendra automatiquement propriétaire des bâtiments. Les partenariats public-privé sont parfois associés à des dépenses très élevées en matière de travaux d’infrastructure.

Une critique injustifiée, rétorque Franky De Wispelaere: “Une étude britannique révèle que les dépassements de budget et de délais d’exécution sont nettement moindres dans les PPP que dans les marchés publics classiques. La structure typique des contrats de PPP favorise une estimation correcte de tous les frais. En outre, tous les surcoûts imprévus sont supportés par le partenaire privé.”

 

 

 

 

22/02/2017