Votre job en danger ?

“Les ordinateurs menacent la moitié des emplois en Belgique”, pouvait-on lire récemment à la Une d’un quotidien. La conclusion de l’article ? Seules les personnes hautement qualifiées et celles qui n’ont aucune qualification ne pourront pas être remplacées.

Toutes les autres fonctions pourront, d’une manière ou d’une autre, être exécutées par des ordinateurs : des avocats aux journalistes, des comptables aux notaires. Sous cet angle, on pourrait déduire que l’innovation et la technologie constituent une menace pour la société et la prospérité. En parcourant l’Histoire, vous découvrez où ce raisonnement s’effondre.

Au 19e siècle, avant l’arrivée du tracteur et autres machines agricoles, la moitié de la population belge environ travaillait dans l’agriculture. La mécanisation a entraîné une augmentation spectaculaire de la productivité, et donc réduit le nombre de personnes nécessaires pour effectuer le même travail. Aujourd’hui, à peine 3 % de la population belge travaille encore dans l’agriculture – une perte de millions d’emplois par rapport au 19e siècle. Mais personne ou presque ne considère cette destruction d’emplois comme une perte.

Au contraire, l’industrialisation a permis et entraîné la création d’emplois à plus forte valeur ajoutée. En d’autres termes, l’innovation dans l’agriculture a certes coûté des millions d’emplois agricoles, mais elle a engendré la création de millions d’autres emplois et nous a tous rendus plus prospères. Prenez la photocopieuse. Son apparition a mis de nombreuses dactylos au chômage, car elles n’étaient plus indispensables pour recopier des lettres et des documents.

Le moteur à combustion a rendu les chevaux de trait superflus et s’est avéré source de pertes d’emplois chez les maréchauxferrants et les fabricants de selles. Les exemples sont innombrables. Bien que les innovations aient déstabilisé certains secteurs, elles ont également créé de nouvelles chances, des opportunités d’emploi et des manières neuves de créer de la prospérité au sein de la société.

L’innovation procède par à-coups et se heurte souvent à la résistance sociale. Ce n’est qu’en regardant dans le rétroviseur de l’Histoire que l’on peut prendre conscience du progrès qu’elle a apporté. La déstabilisation de certains secteurs est temporaire. L’augmentation de la prospérité pour l’ensemble de la société est permanente.

Peter De Keyzer Chief Economist – BNP Paribas Fortis

25/03/2015