L’innovation est un moyen, pas une fin

L’innovation est sur toutes les lèvres, mais elle reste, dans le fond, assez méconnue. Je remarque que, souvent, on la confond avec la créativité. Être créatif, c’est inventer la nouvelle pièce d’un puzzle; innover, c’est réaliser un puzzle avec les nouvelles et les anciennes pièces. En d’autres termes, l’innovation ne crée pas la nouveauté, mais la met en œuvre.

L’inventeur doit se convaincre lui-même de changer sa façon de penser. L’innovateur, lui, doit convaincre – selon les cas – les clients, les partenaires, les fournisseurs, les régulateurs, les gouvernements, de changer leur façon de faire. Des entreprises comme Microsoft et Samsung ont construit leur succès sur la mise en œuvre réussie des idées des autres : c’est la preuve que l’on peut propager l’innovation sans être créatif ! J’entends les entreprises invoquer l’innovation presque comme une incantation. Mais quand je leur demande pourquoi elles veulent innover, elles « calent ».

Or, c’est la première question à se poser. L’innovation est un moyen, pas une fin. Selon les cas, elle sert à s’adapter aux mutations de l’environnement, pour éviter l’obsolescence, ou à différencier son offre, pour offrir plus de valeur que la concurrence. Vous voulez augmenter vos profits, assurer votre croissance, améliorer les conditions de travail de votre personnel, diminuer votre empreinte carbone, limiter vos coûts ? Autant d’objectifs très différents, nécessitant des types bien distincts d’innovation. Par exemple, une firme comme Ferrero (Nutella) fonde son succès sur une petite gamme très stable. Ses innovations ne sont pas perceptibles pour le consommateur, qui veut un produit inchangé.

En informatique, l’approche est tout autre : il est normal de lancer un produit pas complètement fini, on envoie un patch aux clients et le tour est joué. En revanche, impossible d’appliquer ce genre de méthode dans le secteur de la santé ! Bref, être au clair avec ses objectifs est la première clé de l’innovation.

Ensuite, les obstacles que les sociétés rencontrent dépendent souvent de leur taille. Typiquement, les petites structures sont plus douées pour voir la nouveauté, les grandes pour la mettre en oeuvre. Les premières auront donc intérêt à nouer des partenariats, les secondes à disposer d’entités dédiées (à l’instar de Google X) et d’une politique de ressources humaines adaptée. Et l’idée qu’il faut « pousser les gens à prendre des risques » est simpliste.

Vous voulez favoriser l’innovation ? Créez un climat où on tolère l’erreur, où l’apprentissage par expérimentation est encouragé, où les services internes échangent, et où les idées nouvelles peuvent remonter facilement jusqu’à la hiérarchie.

Benoît Gailly, professeur en gestion de l’innovation à la Louvain School of Management et auteur du livre Developing Innovative Organization.

15/05/2015