Économie innovante recherche icône

Une révolution culturelle est nécessaire pour retrouver le désir d’innover en Europe. “Nous devons choyer les entrepreneurs, afin que s’érigent des modèles inspirants qui montrent le succès possible pour ceux qui sortent des sentiers battus.” C’est le discours de Martin Hinoul, Business Development Manager à la KUL Research & Development. Entretien avec Peter De Keyzer, économiste en chef chez BNP Paribas Fortis.

L’innovation est une notion très vaste. Comment la définiriez-vous ?

Martin Hinoul : “L’innovation est la forme la plus récente de compétitivité. Durant les Golden Sixties, la Belgique pouvait faire la différence avec sa productivité élevée. Une décennie plus tard, nous avons dû encore accroître la qualité de note production pour préserver notre avance sur la concurrence. Nous l’avons fait sans problème. Pendant les années 80, nous avons surtout dû faire preuve d’une grande flexibilité pour gérer les nouvelles formes de capitaux et de technologies.

Et nous y sommes assez bien parvenus. Depuis la fin des années 90 cependant, la capacité d’innover est l’arme principale face à la concurrence. Et en Europe, cela pose quand même quelques problèmes.” “Pourtant, 90 % de la croissance économique proviendra de l’innovation au cours des années à venir. L’idée dépasse d’ailleurs largement la seule innovation technologique. La plupart des innovations ont lieu dans le marketing, l’organisation et les ressources humaines.”

Quelle stratégie mettre en oeuvre pour inscrire la volonté d’innover dans l’ADN d’une société ?

Martin Hinoul : “Si les grandes régions innovantes ont un point commun, c’est la présence de centres de connaissances de qualité. En outre, il faut développer des clusters autour de certains thèmes, pour ainsi créer une grande visibilité. Il est nécessaire de développer des réseaux, d’attirer les entreprises internationales et de faciliter l’accès au marché des capitaux. La qualité de vie – un bon système de soins de santé et un enseignement de haut niveau – joue également un rôle important lorsqu’il s’agit de capter des talents nationaux. Et il faut également de fortes personnalités qui, par leur succès, s’érigent en véritables modèles et stimulent l’entrepreneuriat.”

N’est-ce pas à ce niveau que, fréquemment, le bât blesse chez nous ? Quand des entrepreneurs à succès vendent leur entreprise, les médias ne parlent presque que des impôts qu’ils vont payer ou non. L’Europe n’a-t-elle pas une attitude négative vis-à-vis de la réussite ?

Martin Hinoul : “En Europe, nous nous focalisons encore trop souvent sur la préservation des acquis. Voyez la manière dont l’Europe traite une entreprise comme Uber, qui remet en cause les entreprises de taxis traditionnelles. Elle affiche aujourd’hui une capitalisation de marché de 42 milliards de dollars : il n’y a donc plus aucune chance qu’elle disparaisse. Mais nous essayons quand même de lui bloquer l’accès au marché européen.

C’est une grossière erreur. Nous commettons la même erreur que lorsque Google, Facebook, Apple et Amazon en étaient encore à leurs balbutiements. Les Européens observaient alors ces entreprises avec une espèce de condescendance, sans prendre conscience qu’elles donneraient naissance à des industries totalement nouvelles. Aujourd’hui, ces entreprises américaines valent plusieurs milliards et nous ne pouvons que rêver de leaders de cette envergure en Europe.”

Cette attitude attentiste n’est-elle pas inspirée par la peur de voir les nouvelles industries menacer de nombreux emplois ?

Martin Hinoul : “Chaque emploi à haute valeur ajoutée crée quatre à cinq emplois indirects. C’est ce que l’on peut observer dans des villes comme Louvain, où la présence de l’Université et de centres de connaissances favorise également l’emploi dans les hôtels, les restaurants et les compagnies de taxis. On ne crée pas d’emplois en bloquant les industries innovantes, mais en les stimulant. Nous devons accepter que notre économie change, parce que la croissance économique ne proviendra plus de l’assemblage de voitures ou de la fonte de tôles d’acier.”

Quel est le rôle des pouvoirs publics ? Font-ils suffisamment pour soutenir l’innovation?

Martin Hinoul : “Les pouvoirs publics accomplissent quelques très bonnes choses. L’IWT (agence flamande pour l’innovation par la science et la technologie) est un moteur important de la capacité d’innovation dans notre pays. Flanders Investment & Trade (FIT) s’avère un énorme soutien pour les entreprises qui veulent investir à l’étranger.

La PMV (société flamande de participation) est un bon outil pour investir dans des entreprises innovantes. Sauf qu’il existe encore 200 autres institutions qui doivent elles aussi contribuer à l’innovation. Et que nous ferions mieux de les liquider, car elles ont tendance à fragmenter notre politique d’innovation.”

Nous savons que l’innovation est indispensable et que nous avons besoin d’une révolution culturelle dans notre société. Allons-nous y parvenir ? Martin Hinoul : “Il est minuit moins cinq. L’Europe ne peut plus se permettre de tergiverser, car la concurrence est plus intense que jamais. Mais nous avons des atouts importants : notre technologie est robuste, notre enseignement n’a pas d’égal et le monde entier envie notre système de santé.

Pour autant, il est urgent de réfléchir aux domaines où nous voulons créer de la croissance économique et de l’emploi au cours des cinq prochaines années. L’eHealth, le secteur des applications de télécommunications dans les soins de santé, recèle par exemple un potentiel considérable. La mécatronique – discipline combinant mécanique, électronique et robotique – également. L’impression 3D est une gigantesque industrie en puissance, et c’est un domaine dans lequel la Belgique héberge déjà plusieurs entreprises très performantes avec Melotte, LayerWise et Materialise. Il y a donc suffisamment de niches dans lesquelles nous pouvons appartenir au top mondial.”

25/03/2015