“Créer un véritable écosystème soutenant l’innovation sociale”

Le gouvernement wallon affirme, dans sa récente déclaration de politique régionale 2014-2019, qu’il favorisera le développement de l’innovation sociale. Il précise même qu’il souhaite soutenir les projets de recherches et d’innovations sociales portés par les entreprises à profit social. Ces affirmations sont encourageantes mais n’apportent aucune précision ni sur les mécanismes qui seront mis en oeuvre, ni sur leur ampleur.

Actuellement, la Wallonie ne dispose pas d’une stratégie publique structurelle en recherche et innovation sociale. La politique publique en matière d’innovation est centrée sur l’innovation technologique et industrielle. Pourquoi privilégier un nouveau smartphone plutôt qu’un service innovant de garde à domicile de personnes atteintes d’Alzheimer ? Qui plus est, une ASBL développant une innovation sociale de type technologique (par exemple, un chariot de supermarché pliable et adapté aux personnes à mobilité réduite) ne peut pas bénéficier des aides prévues pour les sociétés commerciales.

Ces exemples démontrent les difficultés que rencontrent de nombreuses entreprises à profit social (ASBL, SFS, etc.) pour bénéficier de l’expertise et du financement nécessaires à la recherche et au développement de leur(s) projet(s) d’innovation sociale. L’innovation sociale est un concept relativement nouveau pour nommer une réalité très ancienne. Elle permet de répondre à des demandes et à des besoins essentiels de la population insuffisamment rencontrés en matière d’éducation, d’action sociale, de santé, de culture, d’insertion socioprofessionnelle, etc.

Elle vise également l’amélioration de la qualité et de l’accessibilité des services existants, de leur gestion quotidienne et de leur pratique de travail. Au niveau de l’impact social, elle produit des bénéfices directs pour les usagers et des bénéfices indirects, volontaires, pour la collectivité. L’innovation est donc sociale par son activité, son procédé et sa finalité. Outre son impact social, elle constitue un levier économique important pour le développement de nouvelles activités créatrices de valeurs ajoutées, d’externalités positives au bénéfice de la collectivité (cohésion sociale) et des entreprises (compétences et disponibilité des travailleurs), mais aussi d’emplois. Une plus-value précieuse et indispensable pour affronter une époque comme la nôtre.

Forte de ces constats et de ses engagements, la Wallonie doit passer des idées aux actes en décloisonnant réellement sa vision de l’innovation et en dynamisant la recherche et l’innovation sociale, source de croissance économique durable. Àce titre, il est indispensable que le gouvernement wallon construise un véritable écosystème doté d’un espace de création et de développement détaché de toute catégorisation administrative (incubateur), ainsi que d’un cadre, légal et budgétaire, favorable et adapté à l’émergence, au changement d’échelle et à la diffusion d’innovations sociales.

Cet écosystème devra tenir compte des principales spécificités de l’innovation sociale : approche collaborative et territoriale de type « bottom- up », ressources hybrides (financements publics, privés, bénévolat, etc.), statut juridique des porteurs de projet (ASBL, SFS, etc.) impliquant des réalités fiscales particulières, recherche issue pour partie des sciences humaines et sociales ; et veiller à ne pas détricoter les services existants qui bénéficient de la confiance des usagers et prouvent quotidiennement leur efficacité.

Bruno Gérard, conseiller économique à l’UNIPSO (Union des entreprises à profit social)

09/04/2015