Le travail à domicile, cela s’apprend!

Les entreprises qui embrassent le “nouveau monde du travail” ne doivent pas seulement plancher sur les questions technologiques et l’aménagement d’un environnement de travail adapté. Le véritable facteur de succès? La création d’une culture d’entreprise adéquate.

“Toute entreprise, de la petite PME à la multinationale, a intérêt à rester au fait des évolutions du marché du travail. Les jeunes collaborateurs, surtout, attachent une grande importance à la flexibilité. Chaque entreprise doit réfléchir à son organisation du travail si elle veut rester compétitive.” Telle est la conviction d’Elke Willaert, HR Manager chez Microsoft. L’entreprise technologique, qui investit depuis huit ans dans le “nouveau monde du travail”, est ainsi l’une des pionnières du travail nomade.

“Les attentes des travailleurs ont beaucoup évolué ces dernières années. Ils veulent pouvoir organiser leurs tâches comme ils l’entendent et en assumer la responsabilité. Le nouveau monde du travail stimule tout cela.” Car quand les collaborateurs ne se rendent pas tous les jours au bureau, les managers n’ont d’autre choix que de clarifier certains aspects de la collaboration. Quels rôles veulent- ils jouer? Comment veulent-ils atteindre leurs objectifs? Comment vont-ils organiser leur temps? “On crée des responsabilités en autorisant les collaborateurs à atteindre leurs objectifs de manière flexible”, confirme Elke Willaert. “C’est important pour préserver leur engagement.”

Les trois B

Pour s’adapter au nouveau monde du travail, il ne suffit pas d’autoriser les collaborateurs à travailler ailleurs qu’au bureau. Trois composants doivent aller de pair: les bytes, les bricks et le behaviour. Grâce à la technologie (les bytes), les collaborateurs sont connectés où qu’ils se trouvent. Les bureaux (bricks) eux aussi remplissent une fonction différente: dans la philosophie du nouveau monde du travail, ce sont surtout des lieux de rencontre. Les collaborateurs s’y rendent pour faire ce qu’ils ne peuvent accomplir chez eux, comme se réunir ou donner des présentations. “Les bytes et les bricks sont assez aisés à intégrer dans un projet”, poursuit Elke Willaert.

“Le réel défi réside dans la création d’une nouvelle culture.” Ce volet behaviour comprend notamment une dimension de confiance: les managers doivent avoir confiance dans le fait que leurs collaborateurs font ce qu’on attend d’eux, même lorsqu’ils ne se trouvent plus dans leur environnement immédiat. Et il est encore plus important de créer des liens au sein d’une équipe, car les contacts informels sont nettement réduits lorsque chacun travaille à domicile. “Le changement culturel parmi les managers, les dirigeants et les collaborateurs est le facteur de succès du nouveau monde du travail au sein d’une organisation”, assure Elke Willaert.

Limites claires

Dès le départ, Microsoft a opté pour une introduction assez radicale du nouveau monde du travail. En principe, les collaborateurs peuvent travailler cinq jours par semaine à leur domicile ou chez les clients. “Mais un accompagnement est nécessaire pour apprendre à gérer cette énorme flexibilité”, nuance Elke Willaert.

L’absence de dispositions claires peut rapidement devenir une source d’irritation et de stress. De petites choses revêtent parfois une importance considérable. Ainsi, rien ne doit empêcher un manager d’envoyer quelques e-mails le dimanche soir, mais uniquement s’il a expliqué à son équipe que personne n’est tenu d’y répondre immédiatement. “Il est également nécessaire d’éduquer l’environnement du collaborateur”, souligne Elke Willaert.

Les collaborateurs doivent apprendre à gérer leur nouvelle liberté.

Elke Willaert, Microsoft

En effet, ce n’est pas parce que quelqu’un travaille chez lui qu’il peut également faire ses courses, aller chercher ses enfants à l’école et remplir son lave-linge. “Les collaborateurs doivent apprendre à gérer leur nouvelle liberté. Cela implique d’apprendre à fixer des limites claires. Y compris pour euxmêmes. La technologie et la flexibilité permettent en principe de travailler en continu, mais ce n’est pas l’objectif. Dire ‘non’ ne pose pas de problème, mais cela aussi s’apprend. On peut en outre s’arrêter à l’heure prévue et prendre une pause déjeuner quand on travaille à domicile: cela semble évident mais, pour de nombreux collaborateurs, cela constitue un énorme défi!”

24/10/2018