Un potentiel important pour les petites sociétés

L’essor de l’Internet ouvre aux chefs d’entreprises un canal de financement supplémentaire. Pour les start-ups surtout, le crowdfunding peut être un cadeau du ciel.

Le crowdfunding est une manière relativement récente de collecter de l’argent tout en diversifiant le risque d’un investissement auprès de nombreux bailleurs de fonds. Il est surtout en vogue au sein des start-ups qui ne peuvent s’adresser aux banques, par exemple parce qu’elles n’ont elles-mêmes guère de capital à apporter en garantie. Les banques ont de bonnes raisons d’être aussi réticentes.

Grafique_p20-21_2La marge commerciale sur un prêt ne dépasse pas les 2%. Cela signifie que, si une entreprise sur cinquante fait faillite, la banque ne réalise aucun profit. Sachant que, même en période de conjoncture économique favorable, à peine la moitié des PME survivent plus de cinq ans, on peut comprendre que les starters doivent se financer avant tout sur fonds propres et avec l’aide de leurs parents et amis. Grâce à l’Internet cependant, un canal de financement important a vu tout récemment le jour. Aujourd’hui, des start-ups s’adressent, pour financer leurs ambitions, directement à de petits bailleurs de fonds par le biais du crowdfunding. Ce qui n’exclut d’ailleurs pas le canal bancaire traditionnel. Ainsi MyMicroInvest, le pionnier du crowdfunding en Belgique, collabore-t-il avec BNP Paribas Fortis. Le fait qu’un chef d’entreprise trouve cent personnes prêtes à investir 1.000 euros chacune dans son idée constitue malgré tout une preuve de l’efficacité du concept. Dans ces conditions, la banque sera plus encline à accorder un crédit complémentaire.

Plusieurs catégories

On distingue trois types de crowdfunding. Dans tous les cas, les investisseurs récupèrent généralement leur mise si le montant visé n’est pas atteint. Dans le cas du donationbased funding, il n’est pas question de rétribution, par exemple parce que l’argent est investi dans une oeuvre caritative. Dans le deuxième type de crowdfunding, le rewardbased funding, les investisseurs reçoivent une contrepartie pour leur apport, par exemple sous la forme d’une entrée à la pièce de théâtre réalisée grâce à leur argent. Une enquête du consultant KPMG révèle que 95% des investisseurs belges investissent moins de 300 euros dans ces types de crowdfunding.

Grafique_p20-21_3La moitié de ces projets récoltent moins de 50.000 euros. Le troisième type de crowdfunding tourne en revanche autour du rendement financier. C’est notamment le cas du crowdlending, système dans lequel les bailleurs de fonds attendent un revenu périodique ainsi que le remboursement de leur mise au terme d’une période donnée. S’ils se voient attribuer des actions, on parle alors de crowdinvesting. Ce type de crowdfunding ne représente encore qu’une partie limitée du marché. Selon KPMG, la plupart des projets basés sur le crowdinvesting collectent en Belgique des sommes comprises entre 35.000 et 70.000 euros. Dans ce type de crowdfunding, l’investisseur ne peut compter automatiquement sur des dividendes. Souvent, son action ne prend de la valeur que lorsque l’entreprise entre en Bourse ou que le management rachète des actions. Cela suppose naturellement que l’entreprise ne fasse pas banqueroute entretemps, et que les investisseurs ne perdent pas (une partie de) leur argent, ce qui, malheureusement, constitue un risque réel.

 

Enthousiasme modéré

Les chiffres de KPMG révèlent que la Belgique accuse un net retard sur ses voisins en matière de crowdfunding. En 2013, nos voisins du Nord avaient par exemple investi plus de 30 milliards d’euros dans cette forme de financement, contre à peine 2,2 milliards d’euros en Belgique. Cet enthousiasme modéré a plusieurs explications. Le concept du crowdfunding reste très peu connu chez nous, à la fois des chefs d’entreprises et des investisseurs. En outre, les montants qui peuvent être récoltés et investis sont soumis à des règles strictes. La législation belge plafonne notamment le montant que peut atteindre un projet de crowdfunding à 300.000 euros, avec un maximum de 1.000 euros par investisseur. Les entreprises qui souhaitent collecter davantage de fonds sont contraintes d’établir un prospectus. Un processus long et coûteux, qui doit du reste être soumis à l’approbation de la FSMA, l’autorité des marchés financiers.


 

Pour une campagne de crowdfunding efficace

Choisissez la bonne plateforme, restez modeste et investissez-vous dans la communication.

La Belgique compte actuellement une dizaine d’initiatives de crowdfunding. La plupart ont un but spécifique. AppsFunder, par exemple, vise le financement d’applications mobiles. Bolero Crowdfunding se concentre sur les participations financières dans les entreprises. Socrowd cherche à apporter une bouffée d’oxygène financière à des initiatives durables dans le secteur social, culturel et des soins. Quant à MyMicroInvest, il collecte des fonds à la fois auprès du grand public et d’investisseurs privés pour le financement de start-up. La plupart des plateformes de crowdfunding récupèrent 5 à 10% du montant collecté au titre de rémunération de leurs services. Certaines y ajoutent une commission forfaitaire. Dans la mesure où ces sites Web et leurs projets sont encore relativement récents, il est difficile d’apprécier leur efficacité réelle et les facteurs qui l’influencent. Heureusement, une enquête a récemment été conduite par deux économistes de l’Université de Bologne. Massimiliano Barbi et Marco Bigelli ont focalisé leurs travaux sur Kickstarter. Cette plateforme de crowdfunding populaire, qui existe depuis avril 2009, se concentre sur le reward- based funding. Kickstarter affiche aujourd’hui 85.000 projets financés avec succès au compteur, pour un montant total de 1,7 milliard de dollars. Un petit échantillon de leurs conclusions: Plus les montants sont élevés, moins la probabilité est grande de réaliser l’objectif: 60% des projets qui recherchent 2.000 dollars au moins atteignent leur but. Ce pourcentage tombe à 17% pour les projets de 50.000 dollars et plus.

L’Éléments qui aident à trouver plus facilement des financiers: une présentation vidéo du projet, une campagne brève, des contreparties plus élevées et une FAQ. Une communication claire et un dialogue intense avec les investisseurs intéressés sont essentiels mais peuvent prendre beaucoup de temps, par exemple parce que de nouvelles questions sur le produit ou le service sont postées chaque jour sur les forums.

La réputation est essentielle. Ceux qui ont déjà mené à bien un projet de crowdfunding voient leurs chances de récolter le montant visé augmenter de 20 à 90%. Les projets ont plus de succès lorsqu’ils sont présentés par des femmes plutôt que par des hommes. Dans ce cas, leur financement provient surtout d’autres femmes.

Plus de 90% des projets ayant abouti sont devenus des entreprises qui ont créé 2,2 nouveaux emplois en moyenne.

12% des projets se clôturent sans un centime d’aide. Le crowdfunding n’est cependant pas une option pour toutes les start-up. Il les contraint en effet à dévoiler leurs idées et leurs stratégies, ce qui peut être problématique si celles-ci sont faciles à copier. Enfin, le crowdfunding n’est pas destiné à tous les investisseurs. Certaines plateformes exigent que les particuliers prouvent qu’ils sont informés des risques avant d’investir dans une entreprise. Une solution possible consiste à impliquer un co-investisseur expérimenté dans le crowdfunding, comme un business angel ou un fournisseur de capital-risque. Ceux-ci excellent dans l’analyse critique et détaillée d’un plan d’affaires, ce qui n’est pas le point fort de la plupart des petits investisseurs.

28/07/2015