Mécénat 2.0

Au fil de son engagement auprès des asbl qu’elle soutient, la Fondation de BNP Paribas Fortis s’est intéressée au financement participatif (crowdfunding). Convaincue qu’il pouvait répondre à certains de leurs besoins, Anne- France Simon, directrice du mécénat de BNP Paribas Fortis, a accompagné les asbl, par le biais d’un partenariat avec la plateforme Ulule, dans leur découverte de cet outil. Un investissement d’avenir.

BNP Paribas Fortis Foundation a été créée au moment de la fusion des banques belge et française, voici cinq ans. C’est Anne- France Simon qui l’a lancée. Avec près de 1.400 asbl soutenues depuis 2010, c’est une des fondations d’entreprises les plus importantes en Belgique en terme de moyens financiers octroyés au monde associatif, L’appel à projets annuel organisé par la fondation recueille 200 à 300 projets, dont seulement 22% pourront être financés. Quant aux projets restants, la fondation estime que la moitié mériteraient un soutien. “Selon le précepte bien connu, nous nous sommes dit qu’il valait mieux apprendre à pêcher que donner un poisson”, explique-Anne-France Simon. “Et nous avons décidé d’également accompagner les asbl sur le chemin du financement participatif, qui prend de l’ampleur dans le secteur.”

Porte-à-porte

La fondation a choisi l’an dernier Ulule, leader européen d’origine française, pour établir un partenariat. Le site d’Ulule reprend un espace dédié à la fondation, avec l’environnement graphique de BNP Paribas Fortis. Le personnel de la fondation a apprivoisé l’outil en même temps que les asbl, se forgeant ainsi un précieux savoir-faire. “On ne se rend pas forcément compte du temps et de l’énergie qu’il faut consacrer à son projet de crowdfunding”, assure Anne-France Simon. “Et les responsables des 10 asbl sélectionnées pour cette première campagne l’ont bien réalisé. L’une d’elles a d’ailleurs fini par retirer son projet faute de temps. Les 10 collaborateurs bénévoles de la banque qui se sont proposés comme coaches de ces asbl, l’ont eux aussi constaté: c’est un travail considérable, non dépourvu de considération marketing, car il faut convaincre les internautes. Pour moi, c’est comparable à du porte-à-porte!”

Tout ou rien

Le crowdfunding répond à un besoin réel chez les associations: selon une étude d’impact réalisée sur quatre ans par BNP Paribas Fortis, 44% d’entre elles jugent que leurs ressources diminueront dans les années à venir, dont plus de la moitié estiment que cette diminution met leur association en péril.. Pour autant, révèle également l’étude, les aides aux frais de fonctionnement de la part des fondations ne sont pas prioritaires pour les asbl – les subsides publics y pourvoient plus ou moins pour certaines d’entre elles. Elles ont plutôt besoin d’un soutien pour financer de nouvelles initiatives. Pour les asbl, sans les fondations il n’y aurait quasiment pas de nouveaux projets qui verraient le jour. Or, elles tiennent à leurs projets. Ils sont la force positive de leur activité et concrétisent leur envie de “faire mieux”.

Ulule fonctionne sur le principe du “tout ou rien”. Soit le montant à collecter est atteint, voire dépassé, dans le délai imparti (30 à 40 jours, généralement) et les fonds sont débloqués, soit on reste en deçà et le projet ne récolte rien. En échange de votre participation, les porteurs de projets offrent des contreparties symboliques: petits cadeaux, inscription de votre nom sur une plaque, etc. Il ne s’agit donc pas d’un prêt remboursable mais d’une forme de don. Les montants fixés par les collecteurs sont généralement peu élevés: au maximum quelques milliers d’euros. “Nous allons poursuivre nos réflexions afin d’intégrer le crowdfunding dans notre politique de mécénat de la manière la plus pertinente pour les associations”, se réjouit Anne-France Simon. “Nous acquérons une expérience très appré – ciable. Cela fait de nous des précurseurs pour cet outil remarquable. Pour moi, le financement participatif fait partie d’une évolution vers le mécénat 2.0”

LE RENC’ART: RENDEZ-VOUS RÉUSSI SUR ULULE

La Chaloupe, service d’aide en milieu ouvert (AMO) d’Ottignies, a fait appel avec succès au financement participatif pour son projet Renc’Art: l’aménagement d’un lieu convivial comprenant une oeuvre d’art. La structure a dépassé ses objectifs à l’issue des 45 jours de collecte sur Ulule. Son directeur depuis 16 ans, Luc Descamps, raconte. Voici deux ans, la Chaloupe a dû déménager. Les locaux, jusqu’alors loués au CPAS par l’AMO, devaient subir des travaux. La Chaloupe s’est donc ancrée à l’une des entrées d’Ottignies. “En face du meilleur glacier du Brabant wallon”, s’amuse Luc Descamps. “On s’est dit qu’on voulait créer un lieu accueillant pour les jeunes, et aussi devenir un point où l’on se donnerait rendez-vous, où l’on viendrait déguster sa glace, et pour cela, quoi de mieux qu’une oeuvre d’art?” Le projet a été baptisé “Renc’Art”. Une réflexion a été lancée avec des artistes, en mettant l’accent sur une réalisation avec les jeunes.

Lorsque la BNP Paribas Fortis Foundation propose à la Chaloupe de lancer une collecte sur Ulule, la réaction est enthousiaste. “Même si nous aurions pu attendre un peu plus, le temps de mieux définir la partie artistique du projet, l’expérience sur Ulule, qui s’est terminée mi-mai, a été très positive”, reprend Luc Descamps. “Nous avons dépassé nos objectifs – 3.100 euros en 45 jours, alors que l’AMO n’en demandait que 3.000 euros. J’ai vu que le plus dur était de démarrer, d’atteindre un seuil critique autour de 25- 30%. Ensuite, j’ai trouvé grisante la façon dont les contributions affluaient: j’allais consulter la page cinq fois par jour!” La Chaloupe a bénéficié de l’aide de la Fondation pour constituer son projet sur Ulule.

 

15/07/2015