Les innovateurs de demain

Depuis une décennie, la très renommée MIT Technology Review, la plus ancienne revue consacrée à la technologie au monde, met les jeunes chefs d’entreprises et chercheurs à l’honneur avec ses “MIT Awards Innovators under 35”. Sergey Brin (Google) et Mark Zuckerberg (Facebook) figurent parmi les lauréats. Cette année, ce grand concours d’innovations était organisé pour la première fois en Belgique, en collaboration avec BNP Paribas Fortis. Nous vous en présentons les vainqueurs et les nominés.

Capteurs intelligents

Forte de sa technologie de capteurs intelligents qui détectent les traces de corrosion sur les infrastructures, Zensor est une entreprise innovante prometteuse. Son fondateur, Yves Van Ingelgem, a également beaucoup réfléchi au financement de son projet. “Nous n’avons pas cherché un business angel, mais le business angel, qui convenait à notre entreprise. Et nous l’avons trouvé.”

Malgré leur allure imposante, les grandes infrastructures métalliques, comme les pipelines et les éoliennes, présentent un gros point faible: le métal dont elles sont constituées est sensible aux influences extérieures et se corrode avec le temps. À terme, cette corrosion peut même menacer la stabilité de l’installation. Pensez aux éoliennes en mer, dont les fondations sont constamment exposées à des vagues d’eau, de sel et d’oxygène. “Après mes études d’ingénieur civil à la VUB, j’ai consacré mon doctorat à la corrosion active du métal et à la manière de mesurer ce processus”, révèle Yves Van Ingelgem. Le jeune chercheur a ainsi développé un logiciel capable de détecter la détérioration du métal en amont. “Et j’ai rapidement pris conscience qu’il existait des débouchés pour ce produit.”

Fin août 2013, Yves Van Ingelgem a créé une spin-off avec l’aide d’Innoviris, l’Institut bruxellois pour la recherche scientifique. “Ces capitaux nous ont permis d’affiner notre projet. Désormais, Zensor ne se contente plus de détecter la corrosion. Il accomplit une sorte de ‘veille intelligente’ pour les grandes infrastructures, et contrôle en continu les indices de corrosion, de déformations, de fissures et de vibrations anormales.” Dans la pratique, Zensor se compose d’un ensemble de capteurs associé à une plateforme Web sur laquelle les exploitants de parcs éoliens, les entreprises pétrochimiques et les compagnies actives dans le pétrole et le gaz peuvent surveiller en permanence leurs installations. Grâce à Zensor, ces sociétés identifient les problèmes plus rapidement, ce qui leur permet d’intervenir plus tôt et d’éviter des réparations complexes et coûteuses. Avec, à la clé, un accroissement de la durée de vie de l’infrastructure. Aujourd’hui, la technologie est d’ores et déjà utilisée dans deux grands parcs éoliens en mer, et un grand nombre de nouveaux projets sont à l’étude. Toutefois, l’exécution de ces projets prometteurs nécessite bien entendu un financement. “En 2014, nous sommes partis en quête de bailleurs de fonds”, se souvient Yves Van Ingelgem.

“Nous avons beaucoup réfléchi à la forme de financement la plus adaptée pour Zensor. Dans la mesure où nous avions besoin de nous introduire dans certains réseaux, il nous semblait logique de rechercher avant tout un partenaire disposant d’un certain savoir- faire technique et commercial. Quelqu’un capable de nous aider sur le long terme. En nous fournissant non seulement des capitaux, mais aussi des conseils.” Zensor a discuté avec plusieurs candidats, pour trouver finalement un partenaire en la personne de Paul Kumpen, qui dirige le groupe de construction du même nom. “C’est la combinaison idéale. En tant qu’actionnaire, Paul nous aide à développer une entreprise saine à terme. L’objectif n’est pas de gonfler le chiffre d’affaires pour ensuite passer à la caisse.”

Zensor prépare une deuxième collecte de capitaux. “Nous envisageons également un financement bancaire traditionnel, mais en cette phase, nous recherchons surtout des partenariats qui dépassent le simple aspect financier”, poursuit Yves Van Ingelgem. “Nous voulons des personnes dotées des connaissances requises pour soutenir notre entreprise.” Quel regard porte-t-il sur sa quête de financements à ce jour? “Il est très difficile de trouver la forme de financement ou l’investisseur idéaux, mais nous y sommes parvenus. Il est vraiment crucial d’être sur la même ligne que ses financiers. Ceux qui accomplissent un bon travail en amont en récoltent les fruits sur le plan opérationnel.”

Une tente raffraîchissante

Un voyage en Éthiopie a inspiré le designer Arne Pauwels à concevoir une petite tente efficace d’un point de vue énergétique pour garder les récoltes au frais.

Wakati signifie “temps” en swahili. “Dans des régions comme la Tanzanie, l’Éthiopie et le Bénin, les agriculteurs locaux perdent une grande partie de leur récolte parce qu’ils ne parviennent pas à commercialiser leurs fruits et légumes à temps”, explique Arne Pauwels. “Les systèmes de réfrigération sont un luxe rare.” Arne Pauwels a donc développé une petite tente dotée d’un système de refroidissement qui peut maintenir jusqu’à 200 kilos de récoltes au frais sans système de réfrigération gourmand en énergie. Aujourd’hui, 150 de ces tentes sont déjà installées dans des champs dans le cadre d’un projet pilote. “J’ai pu financer la production grâce à l’arrivée d’un business angel et le parrainage d’entreprises comme Brussels Airlines et le spécialiste de l’impression 3D Materialize”, poursuit Arne Pauwels. “Notre participation à un reportage diffusé sur Canvas nous a ouvert de nombreuses portes.” Au cours des 12 prochains mois, Arne Pauwels mise sur 1.250 tentes Wakati implantées dans les champs. Mais ses ambitions vont plus loin: “Nous espérons en vendre 12.000 pièces au cours de l’année à venir.” Pour financer son expansion, Arne Pauwels veut faire appel au crowdfunding.

Cartographier les émissions de CO2 dans la Construction

La doctorante Catherine De Wolf a développé un outil innovant qui offre un regard neuf sur l’empreinte écologique des grandes constructions.

“L’efficacité énergétique des logements suscite un intérêt croissant”, argumente Catherine De Wolf. Les maisons passives poussent comme des champignons. Les nouveaux immeubles de bureaux et autres infrastructures publiques sont également dotés de systèmes de chauffage sobres en énergie ou de dispositifs de filtration de l’eau. “Pour autant, l’impact environnemental de la construction de ces infrastructures reste mal connu”, poursuit Catherine De Wolf. “Quels sont les matériaux utilisés? Comment ces matériaux sont-ils produits? Quel est le mode de transport employé? Nous n’aurons une bonne idée de l’empreinte écologique réelle des bâtiments que si nous tenons compte de ces facteurs.” Après ses études d’ingénieur civil-architecte à la VUB-ULB à Bruxelles, Catherine De Wolf a passé son doctorat au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Elle y a développé un outil pour calculer les émissions de CO2 liées à la construction de bâtiments en fonction de plusieurs paramètres. Sa base de données comprend désormais le Burj Khalifa à Dubaï et les stades olympiques de Londres et Pékin. Les architectes et les maîtres d’ouvrage peuvent comparer leurs projets à d’autres bâtiments, et utiliser l’outil de conception qui calcule les émissions de CO2 dès la table à dessin. “J’ignore si je vais développer l’outil dans le cadre d’une entreprise: pour l’instant, la technologie est open source, car je veux encourager le plus grand nombre à l’utiliser”, conclut Catherine De Wolf.

Des cow-boys au MIT

Chaque fois que nous nous servons de notre GSM, nous générons des flux de données. Du Big Data collecté, analysé et rentabilisé par la société belge Real Impact Analytics (RIA), dont le cofondateur,

Sébastien Deletaille, est nominé au prix des “Innovators under 35” du MIT. RIA, lancée fin 2009, capture la valeur des données du Big Data pour le compte de 5 des 10 principaux opérateurs télécom mondiaux. A ses débuts, la société s’est financée “à la cow-boy”, du propre aveu de Sébastien Deletaille : elle vendait des solutions avant de savoir comment elle allait les appliquer. Une audace qui s’est révélée payante, puisqu’elle a permis à la start-up de générer suffisamment de revenus pour financer son développement pendant 2 ans. Les deux années suivantes ont été facilitées par une augmentation de capital de 500.000 euros auprès de l’équipe fondatrice de RIA, de Brustart et d’Innoviris, avec effet de levier auprès de la banque Belfius. La société, qui double ses revenus chaque année, prépare une nouvelle levée de fonds de 5 millions d’euros pour 2015. Dans les 18 mois à venir, la firme pourrait solliciter des investisseurs externes liés aux secteurs qui les intéressent : grande distribution, “pharma” et développement/ONG – c’est d’ailleurs au titre de son initiative à visée humanitaire “Data For Good” que la société est nominée aux MIT Awards. Sébastien Deletaille n’envisage pas de recourir à des financements alternatifs, mieux adaptés, à ses yeux, à des recherches de fonds moins importantes.

 

15/07/2015