Le cochon-tirelire connecté

“Notre objectif est d’inciter à l’épargne d’une manière innovante”, annonce d’emblée Craig Brown, cofondateur d’Oinky. Lors du BNP Paribas International Hackathon qui s’est tenu à Bruxelles, il a reçu pléthore de conseils utiles pour atteindre son but.

– J’ai $#/& ans.

– Combien? 35?

La qualité de la communication rappelle furieusement les premières années qui ont suivi l’invention du téléphone par Alexander Graham Bell. Hélas, Craig Brown n’y peut rien. Ces derniers temps, le cofondateur d’Oinky est sans cesse en déplacement. Car sa start-up grandit à la vitesse de l’éclair.

L’Américain a 25 ans, ce qui semble renforcer le cliché du jeune chef d’entreprise techno-geek. Pourtant, Craig Brown n’a pas planché des années sur son idée géniale dans le garage de ses parents. Non. À l’instar de son compère Ivan Soto-Wright, il a travaillé dans le secteur bancaire, comme développeur de logiciels chez JPMorgan Chase.

L’un des principaux objectifs d’Oinky est la réalisation d’un cochon-tirelire modernisé. Ce “compagnon de l’épargne” est équipé de la technologie Bluetooth. L’utilisateur de smartphone qui approche de ce cochon se voit invité à épargner quelques deniers. S’il y consent, l’application fait ensuite le nécessaire.

“Notre expérience accumulée dans le secteur financier nous a fait prendre conscience que l’écrasante majorité des gens épargnent trop peu”, souligne Craig Brown. “Nous voulons les aider à adapter leur comportement de manière innovante. Le cochon-tirelire s’inscrit dans ce projet.”

Oinky reçoit le soutien de nombreux experts de façon assez remarquable. La “jeune pousse” a en effet participé, à la mi-juin, au hackathon organisé par BNP Paribas dans cinq villes simultanément (Bruxelles, Paris, Istanbul, Rome et San Francisco). À cette occasion, les start-ups tentent de trouver, avec l’aide d’équipes de développeurs, designers, programmeurs et marketeers, les solutions à des défis déterminés, sous forme d’une application ou d’un service en ligne. Ce cocktail de connaissances, d’enthousiasme et de réseautage donne naissance à des produits très concrets.

“L’expérience s’est avérée extraordinaire”, affirme Craig Brown, qui a reçu le Visibility Prize à Bruxelles pour son projet. “On a rarement la chance, dans l’univers des start-ups, de travailler en synergie avec le monde de l’entreprise. Ici, ces deux univers se rencontrent. Le lieu symbolisait ce rapprochement: la Co.Station BXL est située à proximité de la gare de Bruxelles-Central, au cœur de la capitale.”

Comment se déroule un hackathon? “La plupart des équipes se composent de deux à six personnes”, poursuit Craig Brown. “Certaines n’ont encore aucune idée concrète, d’autres présentent un prototype, comme nous, avec notre cochon-tirelire imprimé en 3D. En ouvrant le dialogue avec d’autres équipes et en bénéficiant de l’aide des experts présents, issus de la banque et d’ailleurs, on obtient un input créatif qui amène à prendre de nouvelles mesures afin d’améliorer le produit.”

Cette expertise peut se concrétiser de la façon la plus inattendue: “Je me baladais avec mon cochon sous le bras lorsque j’ai rencontré un homme qui s’est avéré être… un expert en 3D. Il m’a donné de nombreux conseils utiles!”

En parlant ouvertement de leur produit, les participants ne craignent-ils pas le plagiat? Dans de nombreux cas, en effet, ces produits sont des logiciels en théorie faciles à copier… “BNP Paribas protège les droits de propriété des participants”, rassure Craig Brown. “Malgré tout, la confiance est nécessaire. Et puis, même en cas de problème, ce n’est pas si grave: c’est finalement l’implication, la conviction et la qualité de l’équipe qui font le succès d’un produit. Or, cette combinaison est difficile à copier.”

Qu’en est-il du financement? “Pour l’instant, nous nous concentrons sur le développement de notre produit”, conclut Craig Brown. “Nous en sommes encore au very early seed stage, ce qui signifie que nous travaillons principalement à partir de nos fonds propres. Nous envisagerons la suite étape après étape. Mais nous savons déjà que le crowdfunding est une option intéressante.”

27/07/2015