“Laissez le crowdfunding sortir des cavernes obscures des marchés financiers”

Investir un montant important dans une entreprise quand on est particulier? C’est possible, mais pas par le biais du crowdfunding. Et cette limitation doit être supprimée, insiste Oliver Gajda, de l’association paneuropéenne des plateformes de crowdfunding.

“Vous pouvez l’écrire: en Europe, nous avons besoin de règles communes, ou du moins de règles qui laissent moins de marge d’interprétation aux Etats membres.” C’est le seul moment de l’entretien où Oliver Gajda soupire profondément. Cette étape est selon lui indispensable pour exploiter l’énorme potentiel du crowdfunding, en accroissant la transparence et la concurrence. Oliver Gajda sait de quoi il parle. Ancien journaliste financier, microfinancier, fournisseur de capital-risque et lobbyiste, il était l’homme idéal pour défendre les intérêts de l’European Crowdfunding Network (ECN) fondé en 2013. L’Allemand donne l’exemple des prêts peer-to-peer, dans le cadre desquels un particulier prête ou emprunte de l’argent à un autre particulier, en ligne et sans l’intervention d’un opérateur traditionnel comme une banque. Ce marché, important au Royaume-Uni, n’en est encore qu’à ses balbutiements sur le continent. Uniquement pour une question de réglementation, selon Oliver Gajda:

“Au Royaume-Uni, les plateformes P2P n’ont pas besoin de licence bancaire, contrairement à ce qui prévaut en Allemagne par exemple.” Le marché du crowdfunding souffre également de l’absence de normes sectorielles, remarque-t-il. “Le paysage est très fragmenté. Dans chaque pays, un ou deux acteurs dominent complètement le marché du crowdinvesting et du crowdlending (respectivement financement par actions et par obligations, NDLR), par exemple. Or, l’apparition de meilleures pratiques requiert une concurrence suffisante. C’est ce qui se passe peu à peu sur le marché britannique du crowdlending, où les plateformes publient des informations sur le type de prêt fourni.” Les décideurs politiques et les agences de protection des consommateurs insistent eux aussi sur l’importance d’une grande transparence. “C’est un élément essentiel du code déontologique que nous avons établi pour nos membres”, poursuit Oliver Gajda.

“Et l’étape la plus importante à franchir pour faire entrer le crowdfunding dans une nouvelle dimension.” En tout cas, le potentiel est énorme. “Une enquête du Boston Consulting Group a démontré que les ’friends, families and fools’ investissaient plus de 80 milliards d’euros par an dans les PME. Beaucoup de personnes, conscientes des risques, soutiennent malgré tout les entreprises. À ceci près que cela se passe sans la moindre transparence, car elles ne peuvent le faire de manière formelle au travers du crowdfunding.” En Belgique, l’investissement par projet est ainsi limité à 1.000 euros. Oliver Gajda espère que le crowdfunding sortira un jour ce type de financement des “cavernes obscures” des marchés financiers. “Malheureusement, aucun débat n’est mené à ce propos dans le monde politique. Car qu’entend-on à ce niveau? Que dans le cas du crowdfunding, la meilleure manière de protéger l’investisseur est de l’empêcher d’investir. Alors que l’évolution peut être progressive, tout en portant une attention suffisante aux connaissances financières.” Bien entendu, les bénéficiaires ont tout intérêt à ce que le crowdfunding soit un succès.

“Le donation- based funding présente un énorme potentiel, par exemple pour des organisations comme Greenpeace et Human Rights Watch”, ajoute Oliver Gajda. Le président de l’ECN perçoit enfin beaucoup d’avantages pour les entreprises, notamment dans le modèle du reward-based funding. L’investisseur reçoit alors une contrepartie, telle qu’une remise sur le produit qui sera fabriqué. “C’est une manière extrêmement intéressante, pour les entreprises, de s’adresser directement aux consommateurs. Auparavant, elles devaient réaliser une étude de marché, ce qui leur coûtait très cher. Aujourd’hui, elles obtiennent un feed-back immédiat. De plus, cette forme de financement s’avère avantageuse, car les entreprises collectent des fonds avant même de fabriquer leurs produits. Elles gagnent en visibilité et peuvent se passer d’intermédiaire. Il n’est pas aussi facile d’obtenir de l’espace de rayonnage dans un magasin traditionnel.”

 

15/07/2015