Comment se passer des banques…

Les méthodes de financement non traditionnelles ont le vent en poupe. Quelles leçons tirer du succès des prêts peer-to-peer, des business angels, du capital-risque, du private equity?

Depuis la crise financière, les organismes de financement traditionnels sont moins friands de certains types de dossiers. Cela explique l’intérêt croissant pour le financement alternatif. En 2014, ce marché pesait près de 3 milliards d’euros en Europe, soit un montant une fois et demie plus élevé que l’année précédente. Le Royaume-Uni concentre un peu plus de 2,3 milliards de cette somme, le deuxième marché par ordre d’importance étant la France avec 154 millions d’euros.

Le crowdfunding peine à se développer en Belgique.

Le bureau de recherche Massolution estime le marché mondial du crowdfunding à 34,4 milliards de dollars (31 milliards d’euros) cette année, et prévoit qu’il atteindra 100 milliards de dollars en 2025. À l’inverse de ce qu’on observe chez nos voisins, le crowdfunding ne suscite qu’un enthousiasme très modéré en Belgique. Selon les chiffres des consultants EY et KPMG, les Belges n’ont investi que quelque 2,2 millions d’euros par ce biais en 2014, soit environ 20 centimes par habitant. Ce montant a certes progressé de 80% par rapport à l’année précédente, mais il demeure très inférieur à ceux qui prévalent dans les autres pays européens. Le montant investi par crowdfunding s’établissait par exemple à 1,75 euro par habitant au Royaume-Uni, 1,50 euro aux Pays-Bas et environ 1,10 euro en France.

Sources: KPMG, 2014, Crowdfunding in Belgium, EY, 2012, Funding the Future EY & University of Cambridge, 2015,  Moving Mainstream

Des risques bien diversifiés pour de meilleurs rendements.

Les grandes entreprises peuvent trouver de l’argent sur le marché du private equity, des fonds qui travaillent en dehors de la Bourse avec les capitaux d’acteurs institutionnels ou de riches particuliers. Lorsqu’il s’agit d’un investissement dans une entreprise, on parle de venture capital ou capital-risque. Si les risques sont importants, les rendements potentiels sont à l’avenant. Le fonds de private equity investit typiquement entre 2,5 et 5 millions d’euros par recapitalisation et vise une rentabilité nette annuelle de 15 à 20% sur l’ensemble du portefeuille. Comme tous les investissements ne rencontreront pas forcément le même succès, l’objectif par projet individuel s’avère généralement beaucoup plus élevé. L’horizon d’investissement est la plupart du temps compris entre cinq et dix ans. En 2014, la Belgique arrivait en 15e position dans le classement mondial EY des pays les plus attrayants pour les investissements en private equity et capital-risque. Selon la banque de données VentureSource de Dow Jones, les fonds de capital-risque ont investi 182,5 millions d’euros dans des entreprises belges cette année- là. Le meilleur résultat depuis 2008.

Source: EY

Les business angels n’apportent pas que de l’argent, mais aussi leur expertise.

Les business angels (BA) sont généralement des chefs d’entreprises, en exercice ou pas, qui investissent dans des entreprises débutantes prometteuses ou en forte croissance. Outre leur argent – entre 25.000 et 150.000 euros en moyenne – ils apportent leur expérience et leur expertise. Après plusieurs années de croissance, ils quittent l’entreprise en vendant leurs parts. Pour les entreprises en début de croissance, les business angels sont une source de financement beaucoup plus importante que le capital-risque et le crowdfunding. Selon les chiffres de l’EBAN, le réseau européen des business angels, les BA ont investi quelque 5,5 milliards d’euros en 2013. L’organisation sectorielle européenne recense 350 business angels en Belgique, qui ont financé au total 67 entreprises et ainsi permis la création de 332 emplois. L’investissement moyen s’élevait à 150.000 euros, soit 28.500 euros par BA. En matière de financement, le business angel collabore généralement avec d’autres parties, et souvent d’autres business angels. Ils ne sont que 3% à prendre l’ensemble de l’investissement dans une entreprise à leur propre compte.

Supprimer les intermé diaires pour réduire les coûts.

Avec un prêt peer-to-peer, une personne fournit un crédit en ligne à une autre sans passer par une intermédiaire traditionnel comme la banque. Le prêteur bénéficie donc d’un taux d’intérêt plus élevé, alors que l’emprunteur paie moins cher. Les plateformes P2P les plus connues en Europe proviennent toutes du Royaume-Uni: Zopa, Funding Circle et RateSetter. Il existe plusieurs variations sur ce thème. On en trouve un bon exemple en Belgique. Edebex, abréviation d’Electronic Debt Exchange, est un marché en ligne où des entreprises vendent des factures impayées afin de disposer rapidement de liquidités. Il s’agit souvent de PME qui se voient opposer une fin de nonrecevoir par leur banque. C’est une sorte de version en ligne du factoring, à cette différence près qu’Edebex ne se trouve pas à l’autre bout de la transaction: les factures sont rachetées par des investisseurs privés ou des entreprises affichant un excédent de liquidités. Actuellement, les factures ainsi négociées représentent 1 million d’euros par an. En tant qu’intermédiaire, Edebex perçoit une commission de 3% sur le montant de la Facture.

L’aide européenne dépasse les simples subsides.

Lorsqu’on évoque la Banque européenne d’investissement (BEI), les entreprises pensent surtout au financement de grands travaux d’infrastructure. Pourtant, elles peuvent, grâce à elle, décrocher des financements alternatifs. La BEI motive en effet les bailleurs de fonds privés en prêtant elle-même environ un tiers du montant de l’investissement. En raison de sa note de solvabilité élevée, la BEI ne verse que très peu d’intérêts, ce qui lui permet de réduire le coût des crédits aux entreprises. De plus, la collaboration avec la BEI leur procure une plus grande crédibilité financière, car la banque d’investissement étudie en profondeur les dossiers avant d’accorder un crédit.

 

15/07/2015