Capitaux et conseils

Les crédits ont joué un rôle de catalyseur dans la révolution industrielle, affirme l’entrepreneur Roland Duchâtelet. Quid des financements alternatifs? “Le crowdfunding est un mirage. En revanche, les business angels et les fournisseurs de capital-risque sont intéressants. Parce que les starters puisent auprès d’eux non seulement des financements, mais aussi des conseils.”

La percée du crédit en tant qu’élément fondamental de notre économie est la conséquence de l’essor des banques au 18e siècle, avec la création monétaire qui l’a accompagné. Les inventeurs et les entrepreneurs ont subitement eu la possibilité de rester quelque temps dans le rouge avant de tirer profit de leurs produits. Avec les brevets qui permettaient de protéger la propriété intellectuelle des inventeurs, le crédit a changé fondamentalement notre économie. Il a joué un rôle majeur de catalyseur de la révolution industrielle. L’essor des crédits a entraîné la création de capital. Auparavant, les réserves de liquidités en attente d’être affectées à des projets intéressants étaient proportionnellement très faibles, et donc dénuées de toute pertinence économique. On ne pouvait pas tirer grand-chose de terres agricoles mises en fermage. Et encore moins d’un château.

Tout a changé lorsque les terres ont pu être mises en gage contre un prêt. Ceux qui disposaient de propriétés ont subitement eu la possibilité de les utiliser comme ‘capital’. Cette notion de ‘capital’ comme ‘facteur de production’ de l’économie n’est d’ailleurs née qu’à la fin du 19e siècle. Le lien entre la monnaie et la valeur de l’or s’est peu à peu distendu au 20e siècle. Et que constatons-nous? Que la possibilité de financement est surtout déterminée par les pouvoirs publics. Au cours de ces dernières décennies, la Chine a enregistré la plus forte croissance connue de l’Histoire sans une once de capital. Les Chinois ont simplement créé de l’argent sous forme de crédits.

Et cela s’est avéré très efficace. Aux États-Unis d’abord, et désormais en Europe, les banques centrales jouissent d’une position déterminante dans le financement des entreprises et des ménages en saturant les banques de liquidités. L’intervention des banques centrales comme autorités de régulation constitue une avancée indéniable, même s’il subsiste de grandes marges d’amélioration dans la gestion et la réorientation de notre économie. Les banques centrales considèrent les banques commerciales comme des maillons intermédiaires dans l’octroi de crédits. Une attitude logique, dans la mesure où les banques connaissent leurs clients et ont accumulé une très grande expertise. Elles sont, mieux que quiconque, à même de décider qui doit bénéficier d’un financement ou non. Et si elles se trompent, elles en assument les conséquences au niveau de leur compte de résultat.

Qu’en est-il du financement alternatif? Les cotations en Bourse et les obligations d’entreprises ne sont pas saines pour les petites entreprises, parce que les investisseurs peuvent difficilement les vendre. Leurs cours sont aisés à manipuler. Le crowdfunding est un mirage qui comporte les mêmes problèmes que les formes de financement précédentes, mais au carré! En revanche, les business angels et les fournisseurs de capital- risque sont intéressants. Car au-delà des capitaux, ils fournissent de bons conseils aux petites entreprises.

L’aide de chefs d’entreprises expérimentés est un atout important: ils connaissent les nombreux risques inattendus de l’entrepreneuriat. L’Histoire a prouvé que le crédit était essentiel à l’innovation et au progrès. Le produit le plus attrayant et unique d’une banque est le crédit aux entreprises. Aucun autre ‘magasin’ n’en propose. Une banque peut se différencier, assurer son avenir et jouer pleinement son rôle social.

Roland Duchâtelet, chef d’entreprise

24/06/2015