Capital-risque pour le grand public

Voici six mois, BNP Paribas Fortis et MyMicroInvest se sont associés pour faciliter l’accès au crowdfunding. Les entreprises qui ne peuvent être financées par un prêt bancaire traditionnel peuvent ainsi faire le plein de capital-risque.

“A vec notre plateforme, nous donnons aux épargnants la possibilité de soutenir les jeunes starters, nous leur ouvrons les portes du capital-risque, une catégorie d’actifs plus risquée qui était jusque- là réservée à quelques privilégiés”, indique José Zurstrassen, cofondateur et président de MyMicroInvest. Par le biais de cette forme d’investissement, les entreprises – souvent de jeunes starters ou des entreprises émergentes – s’adressent à la fois au grand public et à des investisseurs professionnels pour un prêt ou une participation au capital. “Certains de nos clients ont des besoins que nous ne pouvons satisfaire avec des produits bancaires traditionnels”, prolonge Max Jadot, CEO de BNP Paribas Fortis. “Grâce au partenariat avec MyMicroInvest, nous leur proposons le crowdfunding comme forme de financement alternatif.”

Banque traditionnelle et plateforme de crowdfunding sontelles complémentaires?

Max Jadot: “Nous nous complétons bien parce que nous proposons ensemble un large éventail de possibilités de financement. Certains clients – comme les starters innovants et les PME – nous soumettent des projets intéressants pour lesquels ils ne disposent pas d’un capital suffisant, mais nous ne pouvons pas, à ce moment, leur fournir des crédits traditionnels. Après une analyse approfondie par nos coaches, nous les renvoyons désormais vers la plateforme de MyMicroInvest. Ils ont une chance d’y récolter le capital nécessaire pour se développer rapidement. Une fois que leur entreprise a acquis la maturité requise, nous pouvons les aider en leur accordant un prêt bancaire classique.”

José Zurstrassen: “Plusieurs entreprises s’étant financées par le crowdfunding reviennent ensuite vers la banque pour un financement classique par dette. La boucle est ainsi bouclée. Notre partenariat nous permet également de savoir où se trouvent les interlocuteurs adéquats pour les chefs d’entreprises individuels au sein de la banque, alors qu’ils ignorent parfois à qui s’adresser. Il est important que de jeunes entreprises puissent rencontrer, dans la banque, une personne familiarisée avec les starters et les entreprises de croissance.”

D’où la nécessité de s’associer?

Max Jadot: “La mission d’une banque consiste à convertir les dépôts d’épargne en crédits, non à jouer les fournisseurs de capital-risque finançant les fonds propres d’une entreprise. Pour autant, nous souhaitons aider les acteurs innovants disposant d’un projet solide à aller de l’avant, ce qui nous a obligés à rechercher un partenaire externe.”

José Zurstrassen: “Nous ne sommes pas uniquement une plateforme de crowdfunding, mais également une entreprise technologique innovante à même d’établir de manière automatisée des prospectus qui répondent à la directive européenne. Dès qu’un prospectus a été approuvé par l’organe belge de régulation, nous pouvons collecter des capitaux dans d’autres pays pour le compte d’une entreprise. Nous avons dû rechercher un partenaire disposant d’un réseau européen étendu pour réaliser nos ambitions internationales.”

La collaboration avec une grande banque ne procure-t-elle pas également un surplus de crédibilité à une forme de financement relativement nouvelle comme le crowdfunding?

José Zurstrassen: “Vis-à-vis des investisseurs individuels, notre site ne fait nulle part mention du partenariat. Nous ne voulons pas abuser de la collaboration pour encourager des particuliers à investir dans de jeunes starters sur notre plateforme. Les investisseurs doivent fonder leur analyse sur la qualité de chaque dossier individuel, non sur la réputation des partenaires avec lesquels nous collaborons. Si un investisseur ne croit pas dans un projet, il est préférable qu’il n’y investisse pas. C’est aussi simple que cela.”

Max Jadot: “Notre collaboration permettra à de nombreuses entreprises de faire appel beaucoup plus facilement au crowdfunding. Je suis réellement convaincu qu’il subsiste un important potentiel dans notre pays. Voici quatre ans, lorsque nous avons créé microStart, une organisation qui accordait des microcrédits aux entrepreneurs, nous n’avions aucune idée de l’ampleur de la demande. L’organisation a désormais ouvert cinq antennes et compte plus de mille clients.”

Quels sont les avantages du crowdfunding pour les jeunes entreprises?

José Zurstrassen: “Le crowdfunding n’est pas un simple canal de financement. Le terme est une contraction de funding et crowdsourcing. Ce dernier aspect est réellement crucial. Les investisseurs de la crowd ne fournissent pas uniquement des moyens financiers: ils investissent aussi et surtout dans un projet dans lequel ils croient et pour lequel ils s’engagent personnellement. Ils fournissent aux jeunes chefs d’entreprises des solutions pour des problèmes actuels et parlent de l’entreprise à des membres de leur entourage. Une opération de crowdfunding réussie permet ainsi à une entreprise d’accroître sa notoriété et d’accélérer de manière spectaculaire la croissance de son chiffre d’affaires. Et c’est précisément l’un des principaux défis auxquels les jeunes starters sont confrontés dans la première phase.”

Le crowdfunding peut-il également contribuer à améliorer le climat d’investissement de notre pays?

José Zurstrassen: “En Belgique, les indépendants représentent environ 6,6% de la population, alors que la moyenne européenne s’élève à 11%. Nous devons donc encourager encore l’entrepreneuriat, par exemple en réduisant le risque d’entreprise. Le crowdfunding est l’une des solutions envisageables. Lorsqu’un projet fait un flop sur notre plateforme, cela signifie qu’il n’y a pas de marché pour le produit ou le service que propose le starter. Naturellement, c’est très dur à entendre, car le chef d’entreprise voit ainsi son rêve partir en fumée. Mais c’est largement préférable au fait d’investir du temps et de l’argent durant des années dans un projet dont il s’avère, en fin de course, qu’il n’a aucune chance de survie. S’il échoue rapidement, le chef d’entreprise a la possibilité de se lancer sur une nouvelle idée qui pourra, elle, se voir couronnée de succès.”

Max Jadot: “Le principe du failing fast est encore mal connu dans notre pays, mais il est appelé à gagner en importance. C’est un moteur crucial de l’innovation. Nous en sommes pleinement pénétrés dans nos contacts avec les chefs d’entreprises innovants. Nous avons notre propre hub d’innovation à partir duquel sont élaborés un grand nombre de projets novateurs. Chacun de ces projets se transformera-t-il en un immense succès? Non, bien entendu. Certains échoueront. Mais en laissant la possibilité d’échouer, on augmente la probabilité de développer des innovations à succès.”

José Zurstrassen: “C’est finalement l’essence de l’entrepreneuriat. Il faut cesser de stigmatiser les entrepreneurs qui ont échoué en Belgique. Au contraire, nous devons les aider à se relever et à fonder une nouvelle entreprise. Comparez cela au football: le meilleur attaquant est celui qui tire le plus au but. Il échouera souvent, mais sur toutes ces tentatives, il y en a bien une qui finira au fond des filets.”


 

COMMENT FONCTIONNE MYMICROINVEST?

Les entreprises peuvent s’adresser à MyMicroInvest pour un prêt ou une participation au capital. La plateforme de crowdfunding sélectionne les entreprises les plus intéressantes, demande au public de voter en faveur des projets qui l’attirent le plus, et fait ensuite analyser la start-up par des investisseurs professionnels. MyMicroInvest ne fait appel à la crowd que si au moins un de ces investisseurs professionnels monte à bord. Les investisseurs particuliers bénéficient toujours des mêmes conditions que les professionnels: ils peuvent investir à partir de 100 euros dans de jeunes starters. Actuellement, la plateforme compte plus de 23.000 membres.

24/06/2015