Business angel, un métier d’avenir

Selon Cédric Donck, business angel (BA) spécialisé dans les sociétés Internet, la Belgique manque de BA. Des “anges”, partenaires et financiers, qui jouent un rôle crucial dans les premières phases de développement des entreprises.

Quand on entend “business angel”, on pense à un mécanisme de financement. Une vision trop étroite, selon Cédric Donck: “Le premier atout des BA, c’est l’expérience. Ils connaissent le secteur concerné et les phases de croissance d’une entreprise. Ensuite, leur réseau et leur crédibilité s’avèrent précieux pour soutenir des entrepreneurs en herbe. Ce n’est qu’après ces deux premières phases que leur apport en capital permet à la société de passer de la phase de développement à la rentabilité.” Les fonds d’investissements, puis les banques prennent le relais dès que le modèle d’affaires a démontré sa pérennité et sa capacité à générer des bénéfices. Le BA est donc un partenaire à part entière, présent dans le capital et associé à la politique de l’entreprise. “Contrairement aux fonds d’investissements, les BA ne se fixent pas de date de sortie du capital lors de leur entrée”, précise Cédric Donck.

“Une étude du réseau européen EBAN montre qu’ils y restent en moyenne sept ans.” Après avoir connu plusieurs succès personnels comme entrepreneur dans le secteur du web, Cédric Donck figure à présent dans le capital d’une quinzaine de sociétés à Bruxelles, à Paris et à Madagascar. Et il y a investi entre 50.000 et 150.000 euros. Les risques de cette activité? Si la société échoue, le BA perd sa mise, comme un parieur malchanceux.

Écrémage darwinien

Typiquement, un entrepreneur développe d’abord son idée avec ses fonds propres ou l’aide de ses proches, puis fait appel aux BA pour la phase suivante. “Il est difficile de trouver la première centaine de milliers d’euros”, reprend l’homme d’affaires belge. “Et c’est sans doute une bonne chose. Une sorte d’écrémage darwinien, qui élimine les projets médiocres et les entrepreneurs qui n’ont pas les épaules pour devenir patrons.” Il existe des BA professionnels et d’autres amateurs. Ces derniers sont souvent des cadres expérimentés ou des entrepreneurs, pensionnés ou en activité, désireux de venir en aide aux jeunes pousses. C’est à leur intention que Cédric Donck a co-créé la Virtuology Academy (virtuology- university.com).

Le premier programme de formation intensive de six jours démarre cet été et est destiné à leur donner les clés essentielles du métier de BA. “Je reçois 20 à 25 dossiers de start-up par mois, mais j’en finance seulement un par trimestre”, résume Cédric Donck. “Ces statistiques sont à peu près comparables à celles de mes homologues. Le métier n’existe véritablement en Belgique que depuis cinq ou six ans, et nombre de projets qui mériteraient d’être financés ne le sont pas, faute de BA. Bref, on manque de BA! Mais cela ne s’improvise pas. Il faut connaître un minimum les aspects juridiques, les valorisations et les modèles d’affaires. À mes yeux, devenir BA est une occasion formidable de poursuivre sa vie professionnelle, après plusieurs succès, sans être directement aux manettes.”

Quelques succès belges récents

“En 2011, j’ai investi dans Mobilosoft, une société qui optimise la présence numérique des grands noms du commerce traditionnel”, lance le business angel bruxellois. “En pratique, il s’agit de rendre chaque point de vente en ligne bien visible. En tout, j’ai investi 70.000 euros en plusieurs phases. J’étais le seul BA au début; d’autres m’ont rejoint par la suite.” Aujourd’hui, la firme emploie 11 personnes dans ses trois antennes de Bruxelles, Paris et Barcelone, et réalise un chiffre d’affaires de 500.000 euros. Elle est très rentable, a une croissance organique et d’excellentes perspectives pour les 10 années à venir. Son fondateur a reçu des propositions de rachat, auxquelles il n’a pas donné suite. Autre beau succès récent, Blue2Purple, une firme qui permet aux annonceurs de payer pour être référencés sur Google.

De grands comptes belges lui font confiance. “J’ai investi 120.000 euros en 2009. Aujourd’hui, l’entreprise réalise un CA de 7,5 millions d’euros et fait travailler 25 personnes”, se félicite l’entrepreneur. “J’investis aussi beaucoup dans le Big Data. Comme la plateforme Stylonomy, présente sur les marchés américain et français, qui rassemble les meilleurs articles des sites d’e-commerce en les proposant au prix le plus intéressant en fonction des thématiques. .” Les activités de BA de Cédric Donck s’étendent jusqu’en Afrique, où il finance le principal site de petites annonces de Madagascar, comparable à Craigslist, Kapaza et Le Bon Coin.

L’idée est de tester le marché avant de s’étendre aux pays d’Afrique francophone. “Immobilier, auto, jobs, objets… tout y est. Le marché a 10 ans de retard par rapport à nous. On s’était fait connaître en achetant la page d’accueil des cybercafés là-bas car 80% des gens n’ont pas d’ordinateur. Aujourd’hui, avec les nouveaux smartphones à 50 euros, les clients passent massivement au mobile. Donc on s’adapte!” Globalement, l’entrée en lice des BA étant relativement récente en Belgique, il n’y a pas encore eu de sortie fracassante de capital, avec des millions d’euros de bénéfice à la clé. ”

Cela dit, Jean Zurstrassen a déjà réalisé une très belle opération en revendant sa participation dans Ogone, la société de clearing de paiement en ligne”, conclut Cédric Donck.

24/06/2015