Le goût du risque

Les comptes d’épargne n’ont jamais rapporté aussi peu en Belgique. Paradoxalement, un montant record de quelque 250 milliards d’euros y est déposé. Les taux proposés ? Ils atteignent un plancher historique. Plus les taux baissent, plus les Belges épargnent.

Par conséquent, consommation et investissements restent particulièrement faibles et le moteur de l’économie tourne au ralenti. Pour lui redonner de l’oxygène, la Banque centrale maintient son taux directeur à un niveau plancher… raison pour laquelle les taux sur l’épargne ne décollent pas. Comment stopper ce cercle vicieux ? En épargnant moins et en prenant des risques. Plus les taux baissent, plus le Belge angoissé alimente son compte d’épargne. Tous les jours, on nous met en garde : il est risqué de manger des légumes sans les laver, de profiter du soleil, de respirer l’air des grandes villes, de travailler trop, de travailler trop peu…

Tels des lapins pris dans les phares d’une voiture, nous – Belges, Européens, Occidentaux – semblons paralysés par les risques du réchauffement climatique et du terrorisme mondial, d’un scénario à la japonaise pour l’Europe et d’un scénario à la grecque pour la Belgique. Pour autant, un monde sans risque est une illusion. C’est même une idée carrément dangereuse. Le risque fait partie intégrante de notre ADN social et humain. Les révolutions politiques, les avancées médicales, les performances athlétiques et les succès d’affaires sont impossibles sans prise de risque.

Les États-Unis ont été découverts grâce à Christophe Colomb qui a pris le risque d’essayer d’atteindre les Indes par l’ouest. Et Henry Ford avait huit faillites à son actif avant de connaître le succès grâce à la production automobile de masse. Les gérants d’entreprise et les entreprises créent de la richesse en prenant des risques : ils accordent un délai de paiement à un client, ils développent un produit, ils recrutent un salarié, ils recherchent de nouveaux débouchés, ils rachètent une autre entreprise. Autant de risques qui peuvent engendrer de la richesse.

Si notre société a peut-être désappris le goût du risque, nous comptons explicitement sur les indépendants, les chefs d’entreprises, les entreprises, les jeunes starters ou les chercheurs pour le faire. Notre réseau routier et notre enseignement, notre sécurité sociale, nos services de police, nos soins de santé et notre culture : tout est financé par ceux qui ont fait du risque leur métier. Une hausse des taux sur l’épargne ne se produira pas inopinément. Elle sera le résultat d’une accélération de la croissance économique et d’une plus grande appétence pour le risque. Tant les particuliers que les entreprises doivent relancer la consommation et les investissements. Si vous voulez que votre épargne vous rapporte plus, vous avez donc intérêt à la dépenser.

Peter De Keyzer

Chief Economist BNP Paribas Fortis

17/12/2013