Investisseurs éthiques : posez les bonnes questions

« Ethique », « vert », « durable », « social »… Autant d’adjectifs que l’on voit désormais fleurir en matière de placement. Mais comment savoir précisément ce que cela recouvre, et à quoi va servir l’argent investi ? Pour Mathilde Fox, docteure en économie et responsable de l’UFR Finance de l’ICHEC Brussels Management School, une information détaillée est primordiale.

Un placement « éthique » se distingue d’un autre parce que sa finalité n’est pas seulement  l’obtention d’un profit, mais aussi l’adéquation à des critères extra-financiers. Ces derniers peuvent aller de la protection de l’environnement au respect des droits de l’Homme. Des organismes de labellisation, comme Ethibel et Vigeo, ont vu le jour pour aider l’épargnant à s’y retrouver. Pour autant, aucune norme ne s’est encore réellement imposée, et il est bien difficile pour un investisseur particulier de savoir si tel ou tel placement est vert ou éthique. Ce doute est préjudiciable au développement de ce marché. D’autant qu’on a entendu nombre de critiques sur le rôle des institutions financières en la matière : on les soupçonne d’utiliser abusivement l’argument éthique pour vendre leurs placements, et de sélectionner dans leurs fonds des entreprises qui ne répondent pas aux critères d’exigence affichés. Plus qu’un autre, l’investisseur éthique doit mener une recherche de placements active. C’est à lui de se renseigner et d’exercer son sens critique. Les institutions financières doivent lui faciliter la tâche, et jouer leur rôle d’intermédiaire en toute transparence, aussi objectivement que possible. Quelles que soient les particularités revendiquées par ces placements, ils obéissent au même principe fondamental que tous les autres : investir, c’est financer. En tant qu’investisseur, qu’attendez-vous précisément de votre placement, outre une rémunération ? A qui et à quoi souhaitez-vous que vos fonds servent ? C’est à vous de le décider, pas à votre banquier, qui n’est qu’un intermédiaire. Avec l’aide de sa banque, l’investisseur soucieux d’éthique doit donc se forger une idée précise de l’entreprise qu’il finance, de toutes les implications et conséquences de son investissement sur toutes les parties prenantes. Participe-t-il à un développement économique durable ? Respecte-t-il les droits fondamentaux ? Investir éthique, c’est maîtriser l’utilisation de son épargne sur le long terme, en renonçant au profit à courte échéance et à la spéculation. Pour autant, cela ne signifie pas faire une croix sur une rémunération correcte. Tout prêteur est en droit d’obtenir une rémunération conforme au risque qu’il encourt.

La notion de risque est présente en matière de placement éthique comme ailleurs, et les investissements répondant à ces critères doivent également être examinés sous l’angle de la performance économique et financière. Signalons tout de même qu’il existe des formes plus « engagées », dans lesquelles le critère de rentabilité passe au second plan. C’est notamment le cas de l’investissement dit « de partage », au sein duquel une partie des revenus générés est redistribuée à des oeuvres caritatives. On peut également citer l’épargne solidaire, laquelle rend possibles des opérations que les intermédiaires conventionnels refusent de financer. Si, en tant qu’investisseur particulier, vous souhaitez aller au-delà de l’affichage, si vous voulez que votre argent contribue à faire évoluer la société vers plus de justice, et qu’il rapproche le monde financier du monde réel, sachez que le placement éthique vous tend les bras. Vous trouverez une offre de plus en plus riche et diversifiée. Cultivez votre esprit critique, posez des questions tous azimuts, comparez : vous trouverez des placements en adéquation avec vos valeurs. C’est à vous de prendre les devants. En résumé, il faut s’investir avant de pouvoir investir ! Et c’est en fait logique, puisqu’un investisseur éthique est l’un des avatars de ce « consomm’acteur » qui refuse de consommer idiot !

23/12/2013