Le sex-appeal des millennials entrepreneurs

De quoi rêve tout jeune diplômé? Intégrer une boîte sérieuse, profiter d’un salaire fixe et de la sécurité qui l’accompagne. Parmi la multitude en âge d’entrer sur le marché de l’emploi, certains s’éloignent cependant de la masse pour se lancer, parfois même avant l’obtention de leur diplôme, dans la grande aventure de l’entrepreneuriat.

Ils ont la petite vingtaine et une idée assez bonne, à leurs yeux, pour être concrétisée. Ces Millennials qui n’ont jamais connu la vie sans l’internet n’imaginent pas leur start-up sans une donne numérique, quelle qu’elle soit. Nous avons réuni quelques-uns de ces nouveaux aventuriers.

Diplômés de la Solvay Brussels School ou en passe de l’être, ils bénéficient des services de Start Lab, premier incubateur pour étudiants de Bruxelles.

Sortir de la théorie

“Le plus difficile, en tant que jeune entrepreneur, est de sortir de la théorie pour entrer dans la pratique”, entame Emna Everard, fondatrice de Kazidomi, une boutique en ligne de produits alimentaires personnalisés. De concert avec les autres participants, elle souligne ainsi la difficulté de passer de son business plan à la réalité – autrement dit, le contact avec les autres parties prenantes.

‘NOUS AVONS UN MARCHE THEORIQUE MAIS LA REALITE, C’EST UN AUTRE MONDE!’
William Detry, cocréateur de Sharemypark

Ils ont découvert qu’on ne crée pas une entreprise tout seul. Aussi bonne l’idée soit-elle sur le papier, il faut en convaincre les notaires, banquiers, fournisseurs, employés et, bien entendu, les clients.

“Nous avons un marché théorique mais la réalité, c’est un autre monde!”, assure William Detry, cocréateur de Sharemypark. “Lorsqu’on tente de convertir les gens à un projet, on réalise qu’ils ne réagissent pas comme on l’imaginait.” Ils regrettent tous l’absence, dans leur formation d’ingénieur commercial, de cours de vente et de négociation, mais aussi de management des personnes.

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Face à cette réflexion, Olivier Witmeur, professeur d’entrepreneuriat à la Solvay Brussels School, admet qu’ils sont formés pour intégrer les conseils d’administration des plus grandes boîtes, mais qu’ils n’ont jamais appris à vendre. Selon lui, le fait de se lancer en mini-entreprise est justement l’occasion de se faire la main sur le terrain, et ce, sans prendre de risques trop importants.

‘LES ETUDIANTS SONT FORMES POUR INTEGRER LES CONSEILS D’ADMINISTRATION DES PLUS GRANDES BOITES, MAIS N’ONT JAMAIS APPRIS A VENDRE.’
Olivier Witmeur, professeur, Solvay Brussels School

La remarque mène naturellement à la raison pour laquelle ces jeunes ont décidé de se lancer si tôt: les faibles risques encourus à ce stade de leur vie. S’ils échouent, en effet, “ils recherchent tout simplement du travail, et ont au moins une histoire à raconter!”, déclare Olivier Witmeur.

Ces jeunes s’accordent également sur le fait qu’aucun d’eux n’a connu un enseignement secondaire qui les aurait préparés, ou même ouverts, à l’entrepreneuriat. Leur jeunesse et leur manque d’expérience, quant à eux, ne semblent pas représenter de véritables freins, contrairement aux réactions que de tels “défauts” n’auraient pas manqué de provoquer voici 15 ou 20 ans.

Ces jeunes entrepreneurs bénéficient en effet de l’aura qui entoure les start-up, et ce, d’autant plus si leur entreprise est tournée vers le numérique, une option devenue incontournable. “Le monde de l’entreprise semble bénéficier d’un certain sex-appeal”, assure Cyprien de Barros.

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Un enthousiasme tempéré par Olivier Witmeur, selon qui trop de jeunes veulent se lancer uniquement sur base de cette impression, sans avoir conscience que, “si l’aventure est fantastique, elle reste difficile”. Cette numérisation dans laquelle ils baignent et qu’ils utilisent avec un naturel désarmant est un outil aux nombreux avantages.

Outre le fait de diminuer les coûts et d’accélérer le démarrage, ces jeunes soulignent le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion d’informations sur leurs produits, et de leur utilisation pour tester très rapidement le potentiel de succès d’un projet et adapter celui-ci en cas de besoin. La numérisation a pour effet de rendre le client acteur de l’entreprise.

‘LES ENTREPRISES QUI REUSSISSENT SONT CELLES QUI SONT LE PLUS CUSTOMER ORIENTED.’
Victor Boels, cofondateur de Sharemypark

Cet avantage, indéniable, exige néanmoins une réelle capacité à se remettre continuellement en question, comme l’exprime Victor Boels, cofondateur de Sharemypark: “Comme nous recevons beaucoup de feedback, il faut savoir être à l’écoute et ouvert aux critiques, ce qui n’est pas si facile. Les entreprises qui réussissent sont celles qui sont le plus customer oriented.”

Emna Everard renchérit: “La relation client est devenue plus complexe à gérer à cause de l’évolution de toutes les technologies. L’entreprise est obligée de placer le client beaucoup plus au centre de son action, de tout faire pour le contenter, et donc d’innover de façon continue.”

Ne pas oublier l’humain et être en veille permanente

Nicolas Degrave s’est lancé dans l’entrepreneuriat avant même d’avoir 20 ans. Il en a 39 aujourd’hui. Précurseur, il a débuté dans le numérique quand celuici n’était pas encore omniprésent. Sa société idWeaver est aujourd’hui la plus importante agence de communication numérique en Wallonie et compte parmi ses clients l’Unicef, Ageas et BNP Paribas.

Il constate une grande évolution, par rapport à “son époque”, dans l’ac cès des jeunes à l’entrepreneuriat: “Aujourd’hui, on vous pousse à devenir entrepreneur. Beaucoup est accompli dans ce sens, telle que la création d’incubateurs, surtout dans le domaine du numérique.”

‘BIEN QU’ON PUISSE TRAVAILLER ET COMMUNIQUER PLUS VITE, LES RESPONSABILITES SONT TOUJOURS LES MEMES, DANS UN UNIVERS EN CONSTANTE ACCELERATION ET SOUS UNE PRESSION D’AUTANT PLUS GRANDE.’
Nicolas Degrave, CEO d’idWeaver

Le CEO d’idWeaver ne manque pas de conseils pour ces jeunes qui marchent sur ses pas. Le premier: accorder de l’importance aux relations humaines. “On parle de numérisation, mais il ne faut jamais oublier les personnes dont vous êtes responsable. C’est en mettant les gens en avant qu’on peut faire grandir son entreprise et créer quelque chose de beau.”

Selon Nicolas Degrave, grâce à la numérisation, il est clairement plus facile de créer son entreprise, même si tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes: “Bien qu’on puisse travailler et communiquer plus vite, les responsabilités sont toujours les mêmes, dans un univers en constante accélération et sous une pression d’autant plus grande.

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Que sait-on de ce qui sera inventé dans six mois, de ce qui révolutionnera nos écosystèmes? Être en veille permanente, telle est la clé. En outre, comme le marché est global, le risque de concurrence est beaucoup plus élevé qu’hier, et la copie, immédiate. Il faut se montrer d’autant plus attentif que nous nous trouvons dans un pays qui n’autorise pas toujours une flexibilité suffisante.”

Concernant l’enseignement, suite aux remarques des jeunes participants quant à leur frustration liée à la pratique de la vente, il se dit pleinement d’accord avec la nécessité d’un cours spécifique: “Je vois beaucoup de jeunes incapables de vendre leur projet. Se vendre, vendre un produit et acheter: autant de choses qu’à mes yeux, les jeunes ne savent pas faire en sortant de leurs études.”

‘JE VOIS BEAUCOUP DE JEUNES INCAPABLES DE VENDRE LEUR PROJET.’
Nicolas Degrave, CEO d’idWeaver

Les jeunes entrepreneurs du Start Lab soulignent au passage que la numérisation de l’entreprise n’est jamais abordée dans le cursus elle non plus… alors même que nous vivons dans un monde où elle devient omniprésente.

Selon Nicolas Degrave, il serait judicieux de s’inspirer de l’enseignement suisse et des pays nordiques, les plus en avance en la matière.

29/06/2017