Le ministère de la confiance

Oui, nous vivons une révolution numérique. Et non, des emplois ne disparaîtront pas, et la vie privée sera préservée. Quant aux pouvoirs publics, ils devront fonctionner autrement. Avec la confiance comme moteur, de manière plus réactive, et en plaçant l’accent sur les compétences humaines.

Il n’a jamais été aussi aisé de créer une entreprise. Et l’économie du partage met à la portée du plus grand nombre des services jadis réservés à une petite partie de la population. L’État doit-il s’y opposer? Non, il doit s’adapter en gagnant en flexibilité et en multipliant les expériences.

Dans le Digital Society Index de la Commission européenne, la Belgique arrive en sixième position sur 28 pays. Ce n’est certes pas un mauvais résultat, mais il reste beaucoup de potentiel à exploiter. Nous le ferons si le gouvernement rend davantage de choses possibles et crée un cadre clair pour cela.

Notre législation est encore trop souvent fondée sur la méfiance: si nous n’interdisons pas, les abus sont inévitables.

Or, comment bétonner une loi pour 10 ans dans les conditions actuelles? Personne ne sait de quoi sera fait le monde dans une décennie. C’est pourquoi nous devons travailler davantage sur la base de la confiance. Cela implique de dire clairement ce que nous refusons et, pour le reste, d’offrir aux gens la possibilité d’essayer. Une telle liberté stimule la créativité et dynamise un entrepreneuriat neuf et numérique.

“COMMENT BETONNER UNE LOI POUR 10 ANS DANS LES CONDITIONS ACTUELLES? PERSONNE NE SAIT DE QUOI SERA FAIT LE MONDE DANS UNE DECENNIE”
Alexander De Croo, vice Premier ministre et ministre de l’Agenda Numérique

Prenez les Big Data. La ministre de la Santé publique, Maggie De Block, et moi-même avons un projet de transfert, à la R&D de l’industrie pharmaceutique et dans un environnement protégé, de données médicales liées à un type précis de cancer du poumon. Les conditions sont strictes, le respect de la vie privée garanti. L’industrie pharmaceutique exploite ces données, mais sous la supervision constante des pouvoirs publics. Nous n’intervenons qu’en cas de problème.

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La Belgique est le seul pays d’Europe à avoir introduit, tout récemment, un cadre législatif transparent pour ceux qui complètent leurs revenus grâce à l’économie du partage. Notre pays était également le premier à donner à la signature numérique la même valeur qu’un document papier.

Robots et machines

Autrefois, il fallait 50 personnes pour aménager 1 km de routes; aujourd’hui, trois hommes suffisent. Et pourtant, il y a davantage d’emplois que par le passé. Des emplois plus sûrs et moins exigeants physiquement. La raison? Les hommes et les machines sont complémentaires dès lors qu’il s’agit de construire une route. C’est un progrès.

Et ce progrès pénètre désormais dans chaque recoin de notre société et de notre économie. C’est pourquoi notre enseignement doit insister davantage sur les compétences que les machines n’acquerront jamais: pensée analytique ou axée sur la résolution de problèmes, pensée innovante ou créative, pensée émotionnelle ou empathique.

“CHAQUE REVOLUTION INDUSTRIELLE RECELE UNE COMPOSANTE D’EDUCATION.”
Alexander De Croo, vice premier ministre et ministre de l’Agenda Numérique

Nous filtrons encore beaucoup en fonction de la partie analytique, et trop peu selon les dimensions créative et émotionnelle.. Chaque révolution industrielle recèle une composante d’éducation.

Il en ira de même pour la quatrième révolution industrielle, la révolution numérique. Cette fois, l’accent sera placé sur la formation permanente. C’est déjà le cas, mais pour trop peu de gens. Seuls les plus diplômés suivent des formations continues. Cela doit changer. Chacun, et à tout âge, doit avoir la chance de parfaire ses compétences.

Ce n’est qu’avec les personnes les mieux formées, qui se recyclent en permanence et travaillent ensemble, que nous survivrons à la révolution numérique. Plus encore: grâce à cette approche, nous deviendrons nous-mêmes meilleurs.

 

Alexander De Croo,
vice Premier ministre et ministre de la Coopération au développement,
de l’Agenda numérique, des Télécommunications

Alexander De Croo, vice Premier ministre
21/06/2017