La vraie force de votre carnet d’adresses

Ceux qui pensent que le networking est une perte de temps ne l’abordent pas de la bonne manière, révèle une enquête menée auprès de spécialistes des réseaux. Malheureusement, l’arbre cache souvent la forêt dans ce domaine.

Au XXIe siècle, peu d’entrepreneurs peuvent se permettre de rester les bras croisés dans le confort de leur bureau. Les évolutions et pollinisations croisées sont trop nombreuses et rapides. Pensez à toutes les innovations qu’a apportées l’internet ces 20 dernières années!

Il est important d’être connecté à l’économie de réseau. Pourtant, toutes les entreprises ne s’en préoccupent pas assez. “Lorsque les affaires tournent, la tentation est forte de continuer sur la même voie, encore et encore”, observe Kristof Lowyck au sein du Voka, la fédération patronale flamande.

‘LORSQUE LES AFFAIRES TOURNENT, LA TENTATION EST FORTE DE CONTINUER SUR LA MEME VOIR, ENCORE ET ENCORE.’
Kristof Lowyck, Voka

“Le problème est que la situation peut évoluer très rapidement, surtout dans une économie de plus en plus numérique. Les entreprises qui en sont conscientes sont constamment en quête de nouvelles manières de créer de la valeur ajoutée. C’est pourquoi elles ont également de plus grandes chances de survivre à long terme.”

Leurs réseaux permettent aux entreprises de rester au fait des évolutions intéressantes, de rechercher de nouvelles collaborations, d’accumuler des idées nouvelles. Reste à savoir comment développer des réseaux de qualité. Car les possibilités sont nombreuses.

Des business schools comme Vlerick, Solvay Brussels School et l’ICHEC ont toutes leur association d’anciens diplômés. Les fédérations patronales organisent des événements et proposent des business clubs, tandis que les pouvoirs publics tentent de mettre en contact les entrepreneurs via leurs propres initiatives. Sans compter la myriade d’organisations qui incitent les entreprises à réseauter, chacune à sa manière.

“Il est difficile d’avoir une vue d’ensemble”, reconnaît Miguel Meuleman, professeur à la Vlerick Business School spécialisé dans l’entrepreneuriat innovant. “Il y a tout simplement trop d’événements et d’organisations de réseautage. Ce n’est plus efficace. Pour un entrepreneur, il est impossible de savoir où il faut aller et ce qu’il convient d’éviter.”

‘DE NOMBREUSES PME SONT TELLEMENT PREOCCUPEES PAR LEURS ACTIVITES QUOTIDIENNES QU’ELLES NE SONT PLUS CAPABLES DE PRENDRE LA DISTANCE NECESSAIRE PAR RAPPORT A L’INNOVATION.’
Kristof Lowyck, Voka

Kristof Lowyck nuance quelque peu le problème. “Heureusement, nous sommes de plus en plus conscients de la nécessité de collaborer davantage dès lors que nous proposons des initiatives identiques.”

Accessible

Les réseaux présentent de nombreux avantages. Ils donnent aux entreprises l’occasion de sortir de leur zone de confort et d’en tirer profit. Kristof Lowyck cite l’exemple des business clubs liés à l’innovation développés par le Voka.

‘NOUS METTONS L’ACCENT SUR L’ACCESSIBILITE EN REUNISSANT?, 10 FOIS PAR AN, UNE QUINZAINE D’ENTREPRENEURS DANS UNE ENTREPRISE AFIN QU’ELLE EXPLIQUE EN QUOI ELLE INNOVE.’
Kristof Lowyck, Voka

“De nombreuses PME sont tellement préoccupées par leurs activités quotidiennes qu’elles ne sont plus capables de prendre la distance nécessaire par rapport à l’innovation. Nous mettons l’accent sur l’accessibilité en réunissant, 10 fois par an, une quinzaine d’entrepreneurs dans une entreprise afin qu’elle leur explique en quoi elle innove. Il peut s’agir de nouvelles techniques de production, d’un marketing original… Très inspirantes, ces séances montrent que l’innovation ne doit pas toujours être high-tech ou éloignée du quotidien.”

Business Network International (BNI) favorise l’entraide entre entrepreneurs d’une même région. Les réunions ont lieu une fois par semaine, tôt le matin, et la présence est obligatoire. Les entrepreneurs présentent brièvement leur activité et peuvent poser une question au groupe, par exemple pour des recommandations qui les aident à entrer en contact avec une entreprise donnée. Ils peuvent également s’aider spontanément à décrocher des contrats.

© Peter Hilz / HH / BelgaImage

Miguel Meuleman analyse les atouts de cette approche: “Dans un réseau fermé, on se retrouve avec un groupe assez unique d’entrepreneurs qui se rencontrent de manière ciblée et peuvent donc investir leur temps de manière plus efficace. Un tel réseau s’avère dès lors plus qualitatif que les événements où tout le monde est le bienvenu. Dans ces derniers, on voit souvent davantage de sponsors, de consultants et d’entrepreneurs en herbe que de véritables entrepreneurs.”

“C’est un mal connu et, malheureusement, les choses ne vont pas en s’améliorant”, reconnaît de son côté Kristof Lowyck. “Des gens qui travaillent pour une grande banque, par exemple, sont régulièrement interpellés par une poignée de consultants qui veulent leur offrir leurs services. Ce ne peut pas être l’objectif. Nous cherchons dès lors à nous montrer plus sélectifs, ou du moins à mieux accompagner.”

Carnets d’adresses

“De nombreux entrepreneurs confondent encore la participation à des événements et le développement d’un véritable réseau”, déplore Virginie Pierre, de l’Union des classes moyennes (UCM). “Ce sont deux choses différentes. On ne se constitue pas un réseau sur la base d’une seule rencontre.” Au sein de l’UCM, elle dirige le réseau Diane, qui compte 6.000 membres de toutes obédiences… mais d’un même sexe.

“Nous nous focalisons sur le développement économique des femmes. Un de leurs problèmes est leur réticence à parler directement d’argent: elles ont tendance à tourner autour du pot. Nous essayons dès lors de professionnaliser la manière dont les femmes développent leur réseau.”

‘EN PARTAGEANT LEUR CARNETS D’ADRESSES, NOS PARTICIPANTES S’ENTRAIDENT.’
Virginie Pierre, UCM, Réseau Diane

Pour atteindre cet objectif, le réseau Diane organise notamment des visites d’entreprises et des formations, sur la communication financière mais aussi sur des questions plus basiques, telles que “comment prendre la parole en public?” ou “comment augmenter la visibilité de mon entreprise dans les médias et sur les réseaux sociaux?”.

Le but principal? Ouvrir le plus grand nombre de portes possible, souligne Virginie Pierre. “En partageant leurs carnets d’adresses, nos participantes s’entraident.”

Terreau

Parmi les formes de réseaux récemment apparues, les “entreprises devenues terreau pour de nouvelles initiatives” sont l’une des plus notables. L’exemple parfait en est l’ancien réseau social Netlog, dont sont issues d’autres start-up high-tech à succès comme In the Pocket, Showpad et Engagor.

“Des gens comme Toon Coppens et Lorenz Bogaert (les créateurs de Netlog, aujourd’hui à la tête de Massive Media, NDLR) sont des modèles qui ont transmis le virus de l’entrepreneuriat à de nombreuses personnes”, confirme Miguel Meuleman. “Celles-ci profitent ainsi des réseaux que les deux initiateurs se sont constitués. Il est bien plus aisé de lancer son entreprise aujourd’hui qu’il y a 10 ans. Le développement d’un réseau et le déploiement de serveurs sont nettement moins chers.”

Et votre banque?

Les banques connaissent leurs clients et peuvent les mettre en contact les uns avec les autres. Elles constituent ainsi un acteur important dans l’économie des réseaux. “Grâce à nos Innovation Hubs, nous nous impliquons activement dans les écosystèmes locaux qui se sont développés de manière organique autour d’accélérateurs tels que Co.Station“, détaille Hans Jacobs, Innovation Hub Business Manager chez BNP Paribas Fortis.

‘LA BANQUE ORGANISE DES EVENEMENTS DE NETWORKING ET SE MET EN QUETE D’ENTREPRISES A HAUT POTENTIEL.’

Pour concrétiser ce rôle actif, la banque organise des événements de networking et se met en quête d’entreprises à haut potentiel. Dans quel but? Épauler les jeunes pousses dans leur processus de croissance en leur faisant rencontrer partenaires, fournisseurs et clients potentiels. “Auparavant, la banque vérifiait que le puzzle était complet, pour ensuite monter un dossier de financement.”

“Aujourd’hui, nous voyons les jeunes entreprises comme des briques Lego: quels blocs faut-il pour faire de bonnes fondations? Et comment pouvons-nous les aider à rassembler ces blocs?”

Coverfoto: © Michiel Wijnbergh / HH / BelgaImage

15/08/2017