La machine à vapeur de la révolution numérique

Les réseaux sont les machines à vapeur de la révolution numérique. Ils sont si supérieurs et puissants que ceux qui savent en tirer profit peuvent en extraire une énorme croissance. À l’inverse, ceux qui ne les utilisent pas disparaissent.

Quelle que soit votre entreprise, veillez à ce qu’elle soit agile et flexible. L’industrie du tabac, par exemple, est un secteur particulièrement défensif. Sa devise: “Un fumeur aura toujours besoin de sa cigarette.”

Aujourd’hui cependant, la cigarette électronique affiche déjà une part de marché de 15%. Dans une industrie qui se targuait d’être inexpugnable… Et les producteurs de tabac ne peuvent s’y attaquer comme ils le font avec leurs concurrents.

Sur des plateformes, des structures se forment dès qu’un problème apparaît, et disparaissent aussitôt qu’il est résolu. Imaginez que votre enfant a quitté la maison et que vous disposez donc d’une chambre vide: c’est le problème.

‘LA CHAINE D’HOTELS HILTON PROPOSE GROSSO MODO AUTANT DE CHAMBRES QU’AIRBNB. POUR CE FAIRE ELLE EMPLOIE 150.000 PERSONNES, AIRBNB SE CONTENTE DE 1.500 COLLABORATEURS.’
Rogier De Langhe, Université de Gand

Grâce à Airbnb, vous pouvez ouvrir un “hôtel d’une seule chambre” en quelques clics. Temporairement, jusqu’à la naissance de votre premier petit-enfant, car le problème de la chambre vide sera alors résolu. Cette économie fluide est synonyme de grosses difficultés pour les opérateurs classiques. Si leur taille leur a permis d’éliminer tous leurs concurrents, leur structure rigide les bloque.

La chaîne d’hôtels Hilton, par exemple, propose grosso modo autant de chambres qu’Airbnb. À ceci près qu’elle a besoin de 150.000 personnes pour ce faire, alors qu’Airbnb peut se contenter de 1.500 collaborateurs. Lorsque les règles du jeu se transforment, il ne faut pas essayer de tout ramener à de vieux cadres.

Il en va de même pour l’État. Vous ne pouvez placer un fonctionnaire à côté de chaque hôte Airbnb! Il faut laisser le contrôle aux utilisateurs. Et cela implique un changement de mentalité.

‘NOUS DEVONS FAIRE LE GRAND SAUT. ET C’EST ANGOISSANT, CAR SI L’ON SAIT CE QU’ON ABANDONNE, ON IGNORE CE QU’ON GAGNERA.’
Rogier De Langhe, Université de Gand

L’Etat du futur n’est pas l’État-nation mais une plateforme. Car l’État-nation est également un enfant de la révolution industrielle. Dans l’économie des entreprises qui sont nées de la révolution industrielle, des produits sont négociés sur le marché. Et l’État rend ces échanges possibles via les droits de propriété. Cette relation est à présent perturbée.

Airbnb ne loue pas de chambres mais crée son propre marché où nous pouvons négocier une chambre vide. Airbnb reprend le rôle de l’État et régule ce marché. On sous-estime la signification politique de la plateforme. Celle-ci n’est pas une simple machine économique à réaliser des profits. Elle est également une sorte d’État-nation sans limites géographiques.

‘LES ETATS NE REALISENT PAS CE QUI SE DRESSE DEVANT EUX. ILS RESTENT TROP CALMES.’
Rogier De Langhe, Université de Gand

Facebook réunit 1,86 milliard de personnes: aucune organisation, aucun État-nation n’y est jamais parvenu. Avec 5.000 collaborateurs. Nous devons faire le grand saut. Et c’est angoissant, car si l’on sait ce qu’on abandonne, on ignore ce qu’on gagnera.

Les États, les organisations, la société civile ne réalisent pas ce qui se dresse devant eux. Ils restent trop calmes: “Nous avons déjà résisté à des tempêtes plus violentes.” Or, les signes de disruption fondamentale sont partout.

Certes, vous ne pouvez rien prévoir. Mais soyez sur vos gardes et veillez à conserver une longueur d’avance. Une ouverture radicale à tout ce qui nous arrive est indispensable. Remettez-vous en cause. Apprenez à comprendre la puissance des réseaux, et essayez de l’appliquer à votre problème et à votre processus.

Veillez à être du bon côté de la barrière.

Dr. Rogier De Langhe,
Université de Gand

17/07/2017