Conflit de generations ou collaboration?

Les jeunes starters et les valeurs sûres ne sont pas à couteaux tirés. Ils ont chacun leurs propres forces et faiblesses, ce qui les rend souvent très complémentaires.

Tina Stroobandt et Erwin Jansen ont appris à se connaître via The Birdhouse. Cet incubateur associe de jeunes starters à des entrepreneurs expérimentés qui font office de mentors. En 2001, Erwin Jansen créait avec Giovanni Canini l’agence anversoise de marketing These Days.

Depuis, le secteur de la publicité a traversé plus d’une révolution et These Days a dû se réinventer à plusieurs reprises. “Au début, nous nous décrivions comme une agence de marketing numérique, mais nous avons cessé de le faire”, rappelle Erwin Jansen. “Le numérique apparaît désormais comme une évidence.”

‘A UN MOMENT DONNE, ON SENT QU’ON NE S’EN SORT PLUS TOUT SEUL ET QU’ON MANQUE D’EXPERIENCE.’
Tina Stroobandt, World of Waw

Tina Stroobandt, quant à elle, n’en est encore qu’au début de sa trajectoire d’entrepreneure. En 2014, elle a fondé avec des partenaires World of Waw, un développeur d’applications spécialisé dans la réalité augmentée. “À un moment donné, on sent qu’on ne s’en sort plus tout seul et qu’on manque d’expérience”, sourit-elle.

Pourquoi avez-vous demandé l’aide d’un mentor expérimenté?

Stroobandt: “Le projet initial de World of Waw était de fabriquer des livres avec un prolongement numérique. Or, les éditeurs venaient de subir de gros revers avec les ebooks et n’avaient pas envie de se lancer dans une nouvelle aventure technologique. Nous nous sommes donc adressés à d’autres secteurs en imaginant de nouvelles applications de réalité augmentée. Et tout à coup, les idées sont venues en pagaille, même si nous manquions de connaissance stratégique pour élaborer une nouvelle orientation.”

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Jansen: “Il est bon d’avoir de nombreuses idées, mais il est impossible de bien faire 20 choses à la fois. Le coaching de start-up revient presque toujours à les aider à prendre des décisions stratégiques, puis à les encourager à confirmer leurs choix. En outre, il est souvent nécessaire de freiner les jeunes.”

“La nouvelle génération veut avancer aussi vite que possible, alors qu’il convient parfois de prendre un peu de recul et d’explorer plusieurs voies. Ce n’est pas évident car, dans le monde numérique actuel, on a l’impression que poser rapidement des choix fondamentaux est indispensable.”

Qu’apprend un entrepreneur expérimenté des jeunes starters?

Jansen: “Je puise beaucoup d’énergie chez les jeunes actifs dans l’innovation. Cela permet de rester sur le qui-vive, ce qui est crucial. Car si vous n’innovez pas vous-même, quelqu’un d’autre le fera à votre place. Nous souhaiterions créer bientôt, parallèlement à notre propre agence, une nouvelle structure composée de jeunes.”

“Ils doivent mettre au tapis une entreprise établie comme la nôtre, en tentant de prendre le dessus tant du point de vue de la vitesse que de la créativité et de la qualité. Nous organisons ainsi notre propre disruption. Et nous relevons notre niveau mutuel.”

‘CHAQUE ENTREPRISE DEVRAIT S’INJECTER UNE BONNE DOSE DE CULTURE DE START-UP.’
Erwin Jansen, These Days

Les jeunes, et les digital natives en particulier, partent-ils avec un avantage dans le numérique? Ils ont grandi avec les applications numériques et les maîtrisent à la perfection.

Stroobandt: “Un millennial aura peut-être plus d’affinités avec le marché des millennials. Mais l’avantage s’arrête là. Je remarque que je me heurte à mes propres limites et que les conseils d’un entrepreneur expérimenté sont précieux. Un starter évolue sur des montagnes russes: un jour, il pense qu’il a de l’or dans les mains; le lendemain, qu’il va droit dans le mur. Et l’on ne cesse d’entendre çà et là qu’il faudrait faire autrement et mieux… souvent avec des arguments contradictoires, d’ailleurs.”

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Jansen: “Les digital natives sont beaucoup plus détendus. La nouvelle génération n’hésite pas à remettre en cause toutes les conventions, c’est dans ses gènes. Et l’évolution numérique le lui permet: à peu près n’importe quel modèle d’affaires peut être réduit à néant en relativement peu de temps. Sans oublier que la jeune génération a faim de succès. Mais on ne le sait qu’en la côtoyant, en l’accompagnant ou en intégrant suffisamment de jeunes dans sa propre entreprise.”

Quel est le principal piège pour les entreprises établies qui doivent concurrencer les jeunes dans l’univers numérique?

Jansen: “Fréquemment, une entreprise établie voit surtout les problèmes, les obstacles, les limitations. Les jeunes starters, à l’inverse, se concentrent sur les solutions. Chaque entreprise devrait s’injecter une bonne dose de culture ‘start-up’, sans quoi elle ne lancera une nouvelle idée que lorsque tout aura été étudié en profondeur, abondamment étayé et parfaitement colmaté. Or, avant de vous en rendre compte, plusieurs mois auront passé et de nombreux starters seront déjà en train d’expérimenter dans le même domaine.”

Stroobandt: “Une entreprise établie a tout à perdre et un starter, tout à gagner. Parfois, cependant, il ne faut pas voir les choses plus compliquées qu’elles ne le sont. Notre étude de marché se limite à imaginer des applications pour certains secteurs, applications que nous proposons ensuite à une myriade d’entreprises. Elles sont intéressées? Nous développons une solution. Et il est ensuite possible de construire sur cette base. Les choses peuvent être aussi simples que cela!”

29/06/2017