Trouver l’équilibre

Le bateau à vapeur. Le téléphone. Le plastique. Le réfrigérateur. L’e-mail. Cinq évolutions ou innovations qui ont changé fondamentalement notre vie. Cinq exemples dans une incessante succession d’innovations qui n’a fait que s’accélérer au cours des siècles passés. Nouvelles technologies et innovations engendrent presque toujours une augmentation de notre prospérité. Pourtant, elles peuvent être déstabilisantes et controversées dans un premier temps, donner lieu à de grands bouleversements sociaux, économiques et financiers. Le bateau à vapeur a marqué la fin du bateau à voile comme moyen de transport de masse.

Les fabricants de voiles ont fait faillite et le nombre de matelots a chuté. La demande de machinistes – quasi inexistante jusqu’alors – s’est en revanche envolée. Le télégraphe a été rendu superflu par l’invention du téléphone. Ce qui a d’abord entraîné des pertes d’emplois chez les télégraphistes, compensées par l’engagement d’opérateurs de centraux téléphoniques. Le plastique a remplacé le bois et le métal et affecté les métiers de forgerons, menuisiers et graveurs. À cause du réfrigérateur, les crémiers ont dû se choisir un nouvel emploi. Et plus récemment, l’e-mail a marqué le début de la fin du trafic postal. Dans le rétroviseur de l’histoire, nous pourrions regrouper ces exemples sous le terme de « progrès ». Le principal ingrédient de ce progrès étant la « destruction créative ».

La formule est de l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, qui avait constaté que l’économie capitaliste trouve son dynamisme dans la destruction constante de secteurs et d’industries, et la naissance simultanée de nouvelles entreprises, de nouveaux secteurs et de nouvelles industries. L’augmentation continue de notre prospérité démontre que les avantages de la création sont supérieurs aux inconvénients de la destruction.

C’est précisément cette qualité qui fait de la destruction créative un thème très actuel pour les organismes et marchés financiers. On compte sur eux pour financer de nouvelles entreprises et de nouveaux secteurs, et soutenir ainsi la prospérité. Simultanément, les secteurs moins dynamiques de l’économie ont encore besoin de financement. C’est cet exercice d’équilibriste qui est particulièrement stimulant pour les financiers de l’économie. Ou comment le financement est nécessaire à la fois pour les bateaux à voile et les bateaux à vapeur…

Peter De Keyzer Chief Economist – BNP Paribas Fortis

27/10/2014