Hors des sentiers battus

Pendant mon congé sabbatique, je me suis rendu à moto de Bogotá, en Colombie, à Sucre, en Bolivie, à flancs de cette cordillère des Andes à vous couper le souffle. Objectif de l’expérience ? Me ressourcer. Car un ulcère à l’estomac m’avait rappelé à l’ordre peu avant.

Nos KTM Adventures étaient les machines parfaites pour vaincre ce parcours difficile, nous avait-on expliqué. En Colombie, tout semblait simple pourtant : l’État y a récemment consenti des investissements gigantesques dans l’infrastructure. Et nous avons pris beaucoup de plaisir à plonger dans les virages sur la bande d’asphalte parfait qui sinuait dans les Andes. Cette partie de notre parcours ne nous a pas donné le sentiment de traverser un pays en plein développement. Il en a parfois été autrement lors de nos sorties dans les Ardennes… C’est alors que nous sommes entrés au Pérou par l’Équateur.

Et nous avons compris que c’était là que commençait la véritable épreuve. Creusé par la rivière Santa, le Cañon del Pato conduit de la côte nord du Pérou aux flancs enneigés de la haute montagne. L’asphalte impeccable se mue en chemins poussiéreux parsemés de nids de poules. C’est sur ce parcours accidenté que nous avons commencé à réellement apprécier le système de suspension et l’agilité de nos machines. Pour les besoins de la série télévisée narrant notre voyage, j’ai interviewé de nombreuses personnes rencontrées en chemin. Des Sud-Américains ordinaires qui tentaient de gagner un peu d’argent quelque part sur notre route.

Des agriculteurs aux entrepreneurs de l’économie informelle en passant par les enfants des rues : autant de personnes à l’histoire encore plus cahoteuse que le Cañon del Pato. Qu’est-ce qui m’a marqué dans toutes ces conversations ? Pour ces personnes aussi, le ressort et la flexibilité sont indispensables. Elles ont montré leur capacité à rebondir pour surmonter obstacles et contrecoups. Et elles ont aussi anticipé des obstacles de manière positive par des actions rapides et efficaces, ce qui prouve une flexibilité bien développée.

Mon ulcère s’était déclaré après quelques heurts dans mon propre parcours professionnel. Manifestement, j’avais roulé trop longtemps sur l’asphalte, ce qui avait totalement grippé mes suspensions. Lesquelles ont heureusement retrouvé un peu de leur souplesse lorsque je suis sorti de ma zone de confort pour affronter les Andes. En Europe, nous sommes tous des amateurs d’asphalte. Nos entreprises et organisations sont conçues pour les circuits parfaitement entretenus. Lorsque nous roulions encore sur cet asphalte lisse, nous étions difficiles à battre. Mais faute de pratiquer le tout-terrain, nos ressorts se sont raidis.

Et nous nous sommes davantage occupés à rechercher les responsables des cahots qui parsèment notre route qu’à améliorer notre capacité à les affronter. Cela doit changer. Nous devons accroître le ressort et la flexibilité de nos organisations. Car le circuit, c’est du passé. Nous devons à nouveau rechercher le plaisir hors des sentiers battus.

Arnoud Raskin, entrepreneur social

Administrateur délégué de Streetwize

27/10/2014