“Reboiser pourrait éviter la catastrophe climatique”

Cet automne, de terribles incendies ont ravagé la Californie. C’est aussi une conséquence du réchauffement de notre planète. En octobre, le GIEC a rappelé le rôle des forêts dans la prévention du réchauffement climatique. L’ONG WeForest veut restaurer et protéger 250.000 hectares de zones boisées d’ici à 2021.

« Sortir de l’énergie fossile dès maintenant et reboiser notre planète: telles sont les deux solutions préconisées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) dans son dernier rapport (SR1.5), paru le 7 octobre dernier”, lance Marie-Noëlle Keijzer, CEO, présidente et cofondatrice de l’ONG WeForest. Cette organisation, dont le siège se trouve à Overijse, s’est donné pour but de reboiser et protéger 250.000 hectares d’ici à 2021. “Si, à l’échelle mondiale, l’humanité parvenait à reboiser une surface équivalente à celle des États-Unis ou de la Chine, soit environ 10 millions de km2, on stopperait le réchauffement climatique. Et si chaque industrie par exemple décidait de prendre en charge 1% de cet objectif, cela représenterait pour chacune d’elles la surface du Portugal.”

Une approche corporate en laquelle cette ancienne cadre supérieure du privé, scientifique de formation, croit fortement. Son ONG ne se contente pas de planter des arbres, elle analyse les terrains, les essences présentes, pratique des plantations dites “d’enrichissement” afin d’amender les sols, entretient des pépinières… “Nous tentons de reconstituer la forêt primaire de chaque région et travaillons avec d’autres ONG pour développer des standards de reforestation”, détaille Marie-Noëlle Keijzer.

 

Faire pousser une forêt constitue un projet d’entreprise très fédérateur, autrement plus exaltant que de signer un chèque.

Marie-Noëlle Keijzer, Weforest

“Avant de démarrer un projet, nous signons des conventions avec les villages voisins pour les impliquer dans le projet et les inciter à protéger les sites. Dans la région du Tigré en Éthiopie, 72 gardes veillent sur les terres reboisées. Ils entretiennent aussi les arbres – par la taille, notamment – et nous complétons leur salaire. Pour que les troupeaux des nomades puissent paître, nous semons de l’herbe pour les ruminants dans une zone voisine.”

Une entreprise, une forêt

WeForest travaille déjà avec 300 entreprises dont BNP Paribas Fortis, Nike, Marriott et Brabantia. “Elles prennent des engagements à long terme, certaines pour faire de la compensation carbone, tout en continuant à réduire leurs émissions. Elles nous accompagneront parfois sur 20 ans afin de faire pousser ‘leur’ forêt. Cela devient un projet d’entreprise, fédérateur, porteur d’une vision pour les collaborateurs, clients et partenaires. Tout le monde grandit en même temps que les arbres. C’est autrement plus gratifiant que de signer un chèque.”

La reforestation entre-t-elle en concurrence avec le besoin de terres arables pour nourrir une population mondiale en plein croissance? Pas le moins du monde, assure Marie-Noëlle Keijzer: “Nous plantons dans des endroits ingrats, éloignés de tout, ou trop vallonnés pour l’agriculture. Sur des terres très dégradées, arides, qui ne donnent plus rien. La forêt permet à l’eau de s’infiltrer; à long terme, l’humus qu’elle produit restaure la qualité du sol.”

Reboiser contre la pauvreté

“Des terres dégradées, on en trouve partout”, reprend-elle. “Terres salinisées en Australie, zones en voie de désertification en Éthiopie, en Zambie… Il faut planter dans les pays où l’impact sur le climat se double de bénéfices socioéconomiques forts. En sortant les populations concernées de l’extrême pauvreté, on leur ouvre un autre avenir.”

Marie-Noëlle Keijzer

Beaucoup d’entreprises agissent de façon responsable, souligne la présidente de l’ONG. Elles ne se contentent pas de compenser les trajets en avion de leurs collaborateurs, mais réfléchissent à leur empreinte carbone dans sa globalité: approvisionnement, production, distribution, etc.

“Pour les sociétés comme pour les particuliers, il ne s’agit pas de s’installer sous une tente dans le Larzac, juste d’agir de façon responsable. Les allers et retours dans des capitales européennes pour 20 euros sont catastrophiques pour le climat. Si chacun envisageait de limiter ces trajets à une fois par an, en restant plus longtemps sur place pour mieux en profiter, cela constituerait une vraie avancée. La visioconférence permet d’éviter de nombreux déplacements. Quant à la politique de flotte en Belgique, elle incite les personnes à continuer d’habiter à 100 km de leur travail… C’est absurde!” Marie-Noëlle Keijzer croit néanmoins en l’avenir et se réjouit des avancées récentes. “Le gouvernement français a demandé à la Commission européenne d’éliminer, d’ici à 10 ans, la ‘déforestation importée’. C’est urgent, car on perd encore l’équivalent de deux fois la surface de la Belgique chaque année, malgré la reforestation.”

Elle conclut sur un rappel historique: “Ce sont les grands pétroliers qui ont réclamé l’instauration d’une taxe carbone lors de la COP 21. Il s’agit d’un outil très puissant, même si sa mise en place suscite des tensions – on l’a vu avec les ‘gilets jaunes’ français!”

21/12/2018