L’entreprise qui voulait devenir superflue

Quelle quantité de CO2 votre entreprise émet-elle exactement? Comment réduire ces émissions? Et comment compenser les émissions résiduelles? Telles sont les questions auxquelles CO2logic entend apporter une réponse.

Avec de grands noms comme Proximus, Le Pain Quotidien, Lotus Bakeries, WWF, Inter -parking, Barco, Spadel et UCB parmi ses clients, CO2logic peut se targuer d’un tableau de chasse impressionnant. “Nous avons débuté en 2007, au moment de la sortie d’Une vérité qui dérange, le film sur le climat de l’ancien vice-président américain Al Gore”, rappelle son cofondateur et CEO, Antoine Geerinckx. “Notre mission? Informer et sensibiliser les entreprises afin qu’elles réduisent leurs émissions de CO2 et atteignent en fin de compte la neutralité en la matière. Nous pouvons même décerner un label reconnu au niveau international, garanti par l’entreprise de certification Vinçotte.”

Un plan en quatre étapes

CO2logic a développé un plan en quatre étapes, très simple et adapté à diverses entreprises, qu’elles soient actives dans l’industrie ou dans les services. “Nous commençons par mesurer. Contrairement à d’autres labels, nous mesurons la consommation réelle de l’organisation, année après année. Nous épluchons les factures d’électricité et de gaz, jusqu’à la climatisation et aux déplacements  domicile-lieu de travail. Nous avons ainsi une idée précise de l’empreinte carbone totale de l’entreprise. Et nous évitons le greenwashing, car nos clients ne se contentent pas de cocher une case sur un formulaire.”

“Une fois que cette idée générale est connue, il est possible de prendre des décisions. Quelques actions permettent souvent de diminuer le coût de l’énergie, ce qui génère immédiatement une économie. Plus on avance, plus les choses se compliquent. Toutefois, nous disposons de conseillers spécialisés à même d’élaborer une approche sur  mesure. La troisième étape consiste à compenser les émissions résiduelles de CO2 par des projets climatiques.”

Les entreprises peuvent bénéficier d’une reconnaissance: elles paient une sorte de “taxe co2” volontaire.

Antoine Geerinckx, CO2Logic

Dernière étape: une communication  solide, à la fois en interne et en externe. “Lorsque vous choisissez d’être neutre en carbone, vous assumez votre impact sur le climat, vous ne déléguez pas le problème à la société ou aux générations futures”, définit Antoine Geerinckx. “Les entreprises qui franchissent ce pas  peuvent bénéficier d’une reconnaissance: elles paient une sorte de ‘taxe CO2’ volontaire. En outre, si tout le monde balaie devant sa porte, c’est toute la rue qui est plus propre! À terme, une entreprise comme CO2logic ne devrait plus être nécessaire. Nous exerçons en quelque sorte une activité-suicide; pour autant, nous ne sommes pas encore arrivés au terme de notre mission, loin de là. Nous compensons toujours moins de 1% des émissions annuelles de CO2 en Belgique.”

Fours à bois

Pour compenser les émissions résiduelles, CO2logic se tourne vers les pays en voie de développement. “En Afrique, les émissions de CO2 sont vouées à augmenter au cours des années à venir”, illustre Antoine Geerinckx. “Nous voulons jouer un rôle actif tout en évitant d’adopter une approche néocolonialiste, notamment via une collaboration avec des ONG locales. Nos partenaires disposent des compétences adéquates et ont une réputation à honorer. Ils mettent sur pied des projets climatiques pour et par le biais de la population. Ils ne se contentent pas de planter des arbres alors qu’on en abat ailleurs. Tous nos projets sont  certifiés Gold Standard Label, ce qui nous permet de tout contrôler.”

La lutte contre la déforestation est un fil rouge des initiatives de CO2logic. “La façon de cuisiner représente un grand problème. Quelque 93% des Africains cuisinent sur des pierres entre lesquelles ils allument un petit feu. Comme la population explose, les besoins de bois augmentent de manière exponentielle. Dès lors, des forêts séculaires, qui abritent une énorme biodiversité, sont menacées. De plus, les feux de bois provoquent des infections des voies respiratoires, première cause de mortalité en Afrique après le paludisme.”

Nous exerçons en quelque sorte une activité-suicide.

Antoine Geerinckx, CO2logic

Le projet Saving Trees en Ouganda s’attaque aux racines du problème. “Nous avons recherché une solution susceptible à la fois de protéger les forêts et d’améliorer la qualité de vie de la population locale. Nous l’avons trouvée dans la distribution de fours de petite taille.” Ils consomment moitié moins de charbon de bois et produisent moins de fumée et de CO2 – jusqu’à deux tonnes d’émissions en moins chaque année. Une famille épargne ainsi 100 dollars par an; elle doit ramasser moins de bois et souffre moins d’infections des voies respiratoires.

Autrement dit, ce projet recèle un impact positif et immédiat sur plusieurs ODD (objectifs de développement durable de l’ONU, NDLR).”

“Nous souhaitons que la population locale maintienne le projet en vie. Au Bénin, nous avons par exemple fourni des Teg-Stove, de petits fours qui permettent de  recharger un GSM ou une lampe LED pendant que l’on cuisine. Afin d’éviter que les gens brûlent du bois pour recharger leurs téléphones, nous avons également construit des kiosques  solaires.”

Ressources humaines

“Pourquoi des entreprises s’adressent-elles à nous? La plupart des organisations prennent conscience de la nécessité de réduire leur impact sur le climat, et de l’opportunité de réaliser des économies en limitant sa consommation d’énergie. La possibilité d’afficher un label CO2-neutre sur la porte d’entrée constitue un atout marketing, car c’est une garantie d’action climatique sérieuse. Enfin, la dimension durable est de plus en plus importante dans les ressources humaines. Les jeunes et talentueux diplômés ont le choix; ils recherchent des entreprises qui partagent leurs valeurs durables.” Au départ, CO2logic a dû faire face à un certain scepticisme. “Les ONG et autres activistes environnementaux s’interrogeaient: est-il moral de gagner sa vie en luttant contre le réchauffement climatique? Nous avons prouvé qu’il était possible de faire la différence en agissant ensemble.”

21/12/2018