“L’écologie doit primer sur l’économie”

“Si nous voulons réduire les émissions de CO2 dans le secteur du transport, les consommateurs devront faire eux aussi leur examen de conscience”, estime Christa Sys, économiste spécialiste du transport. “La croissance démographique accroît notre consommation et par conséquent le transport. Celui-ci est certes de plus en plus durable, mais les progrès réalisés ne suffisent pas pour faire baisser les émissions totales. Et c’est carrément choquant.”

La professeure Christa Sys est liée au département Transport et économie régionale et au Centre for Maritime & Air Transport Management (C-MAT) de l’Université d’Anvers. Titulaire de la chaire BNP Paribas Fortis de Transport, Ports et Logistique, elle est spécialisée dans les aspects opérationnels du transport maritime. “Je suis surprise du nombre d’initiatives prises dans le secteur pour réduire les émissions de CO2”, confie-t-elle. “Le transport maritime fait beaucoup en ce sens, même si la plupart des entreprises communiquent très peu à ce propos.” “Dans le cadre de la chaire, j’organise des ateliers où se rencontrent les principaux acteurs du monde des entreprises. Collaboration et co-innovation sont absolument indispensables.”

Les entreprises font beaucoup mais la plupart communiquent très peu.
Christa Sys, économiste du transport

Une combinaison de mesures est nécessaire pour réduire l’empreinte écologique du transport maritime. “Tout d’abord, nous devons prendre des décisions sur le plan technologique. L’automatisation et l’impression 3D atténuent la nécessité de délocaliser. Ensuite  viennent les mesures opérationnelles. Un bel exemple: naviguer plus lentement a un impact immédiat sur les émissions de CO2. Des agrandissements d’échelle – via de plus grands navires – peuvent également s’avérer utiles. Même s’il s’agit d’une arme à double tranchant, parce que les ports et les terminaux doivent suivre. Enfin, il nous faut rechercher les carburants les plus durables. Je crois beaucoup dans les biocarburants, à condition qu’ils ne soient pas produits aux dépens des denrées alimentaires.”

Vision à long terme

“Il est clair que le monde académique peut aider les entreprises en leur fournissant des outils qui leur permettent de faire les bons choix. Nous avons aussi besoin d’une vision à long terme et nous devons pouvoir compter sur les pouvoirs publics. Dans le transport routier, on constate que la taxe kilométrique favorise le remplacement de nombreux camions par des modèles qui émettent beaucoup moins de CO2. Le même type de politique doit être mis en place dans le transport maritime. Le secteur financier a son rôle à jouer. Pendant l’une des rencontres que j’ai organisées, nous avons discuté du fait que Bpost avait conclu des crédits en fonction de sa RSE, sa responsabilité sociétale d’entreprise. Une onde de choc s’est propagée parmi les chefs d’entreprise présents. Ils ont réalisé qu’ils ne pourront désormais compter sur du financement que s’ils privilégient des activités durables.”

“Nous devons parvenir à des modèles économiques où la durabilité prime. Cela n’implique pas de faire des concessions sur l’économie. La durabilité peut se traduire par de nouvelles opportunités d’affaires! Je suis optimiste. Je sens que le sujet vit, que la volonté existe de trouver des solutions ensemble – industrie, banques et monde académique. Et c’est tant mieux, car le secteur logistique est très important. Ce que rapporte le port d’Anvers finance la totalité de l’enseignement flamand.”

21/12/2018