Le CO2 comme ressource

La société suisse Climeworks a mis au point une technologie de captage du CO2 dans l’air ambiant. Ses usines le vendent ensuite à des clients industriels – agroalimentaire, automobile, etc. – ou le stockent dans le sous-sol islandais, relate Louise Charles, chargée de communication de la firme.

Dans 87% des scénarios explorés par le GIEC, la captation de CO2 s’avère nécessaire – en plus de la limitation des émissions – pour contenir la hausse des températures sous la barre des  2°C. “On parle aussi d’émissions négatives”, précise Louise Charles chez Climeworks. “Notre technologie repose sur l’utilisation de collecteurs de CO2 qui fonctionnent un peu comme des éponges. Sur le côté de chaque machine, un ventilateur envoie l’air ambiant vers un filtre constitué d’un granulat poreux traité avec des amines. Une réaction chimique se produit, qui fixe le CO2. Une fois le filtre saturé, nous fermons la machine et la chauffons à environ 100 °C pour casser les liaisons chimiques entre le carbone et le filtre.”

Le CO2 injecté dans le sous-sol islandais réagit avec les roches présentes et se minéralise en deux ans.
Louise Charles, Climeworks

La chaleur provient seulement d’électricité renouvelable ou de l’exploitation des rejets thermiques. Le filtre est réutilisable plusieurs milliers de fois. Le CO2 ainsi obtenu peut être commercialisé sous forme gazeuse ou liquide. Il est alors utilisé en agriculture pour surcharger l’air des serres en CO2, car ce gaz constitue un bon fertilisant. L’industrie alimentaire s’en sert notamment pour fabriquer des boissons gazeuses, des bioplastiques et pour allonger la durée de fraîcheur des produits emballés. L’automobile–en premier lieu Audi, client de Climeworks – y recourt pour des recherches sur les biocarburants.

Des “rochers” de carbone

“Cette partie de notre activité, portée principalement par notre usine suisse, consiste donc à ‘boucler le cycle du CO2’, afin que l’activité de nos clients soit neutre envers l’effet de serre”, reprend Louise Charles. “Nous travaillons aussi, sur notre site islandais, sur un stockage durable et permanent. Le mécanisme de récolte du CO2 est le même mais la suite ressemble un peu à une machine à soda géante: le gaz est injecté sous forme d’eau gazeuse dans le sous-sol, où il réagit avec les roches basaltiques présentes pour se minéraliser en deux ans.”

Les capacités de l’usine islandaise devraient être multipliées par 30 dans les années qui viennent, car les possibilités de stockage en sous-sol s’y comptent en milliards de tonnes. Et d’autres unités similaires à l’usine suisse devraient ouvrir en Europe. Climeworks se donne pour objectif la captation de 1% des émissions de CO2 jusqu’en 2025. “Nous sommes en bonne voie d’y parvenir”, conclut en souriant Louise Charles. “Mais notre succès ne dispense pas le monde d’un énorme effort de réduction des émissions, qui reste indispensable.”

21/12/2018