“Il faut associer politique énergétique et politique climatique”

Fin novembre, l’Union européenne a présenté d’ambitieux projets climatiques. L’objectif est d’atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050.

L’un des architectes de ce plan est Jos Delbeke, jusqu’il y a peu directeur général européen pour le climat. L’économie européenne devra atteindre la neutralité climatique à la moitié de ce siècle. “Pour y parvenir, nous comptons à la fois sur le monde politique et les entreprises”, avance Jos Delbeke. “En 2015 à Paris, 190 pays sont convenus de maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C. Nous pouvons rester sous les 1,5 °C si notre économie atteint la neutralité climatique.

Aujourd’hui, les émissions européennes de gaz à effet de serre sont inférieures de 22% à leur niveau de 1990; d’ici à 2030, nous serons à 40%, mais cette politique ne nous mènera pas plus loin que 60% en 2050. C’est trop peu. Il est donc urgent de donner un coup d’accélérateur.” “Si nous continuons à électrifier l’économie, que nous passons à l’hydrogène, gagnons en efficacité dans la gestion de notre énergie et déployons de nouveaux carburants, nous arriverons à 80-90%. U

ne réduction de 100% n’est possible que si nous captons et stockons le CO2 ou que nous stimulons l’absorption de dioxyde de carbone par les arbres et les plantes.” Jos Delbeke en est convaincu: nous pouvons atteindre cet objectif si nous inscrivons les initiatives des entreprises dans une politique cohérente, à la fois au niveau européen et des États membres.

Fonds pour l’innovation

“En Belgique, nous accusons un certain retard en matière d’infrastructures, d’aménagement du territoire, de voitures de société, de qualité de l’air et surtout dans le secteur du transport. Nous subventionnons la pollution. Pour mener une politique ambitieuse, il faut associer climat et énergie au lieu de morceler encore les compétences. La politique est trop fragmentée dans notre pays. Nous ne parvenons que difficilement à prendre des décisions. Et celles-ci sont systématiquement remises en question, alors que les investisseurs exigent de la sécurité sur le long terme. Cette situation contraste avec les initiatives prometteuses d’entreprises, dans l’énergie éolienne offshore et la technologie de batteries notamment.”

En Belgique, nous ne parvenons que difficilement à prendre des décisions.

Jos Delbeke, ex-directeur général en charge de l’action climatique à la Commission européenne

“Nous devons inciter les entreprises à continuer d’investir dans des alternatives respectueuses de l’environnement, en particulier dans la sidérurgie, le ciment et la chimie, des secteurs qui émettent beaucoup de CO2. C’est possible avec le Fonds pour l’innovation du SEQE, qui dispose de 10 milliards d’euros et peut soutenir des projets intéressants au sein des entreprises. Ici, c’est la qualité qui prime et non les portefeuilles  nationaux.”

Voitures électriques

Même si l’Europe s’est mise en marche assez tard, il est possible d’arriver à ce qu’un tiers des voitures achetées soient électriques d’ici à 2025, selon Jos Delbeke. “Le scandale du diesel a été un coup dur mais nous récupérons rapidement. Tous les constructeurs travaillent sur des véhicules électriques. Et le grand public adhère à ce discours.”

“Le dernier été chaud a favorisé cette prise de conscience. Et les élections communales ont clairement montré que les électeurs étaient attentifs à la qualité de l’air et à la durabilité en général. Il s’agit à présent de faire virer de bord le pétrolier. Et vite, car le temps presse.”

21/12/2018