Échappez à la bulle fossile

Si nous n’abandonnons pas rapidement et complètement les combustibles fossiles, nous risquons de perdre toutes nos villes côtières, de transformer le pourtour méditerranéen en désert, de provoquer l’effondrement d’écosystèmes entiers. Avec, pour conséquence ultime, des guerres pour l’eau et la nourriture, et des dizaines de millions de réfugiés climatiques. Un abandon complet des combustibles fossiles n’implique en aucun cas la fin de l’industrialisation. Au contraire, il amorcera une nouvelle phase dans la modernisation de notre industrie. La majeure partie de nos réserves de pétrole, de gaz et de charbon seront à terme inutilisables. Or, pour atteindre nos objectifs climatiques, nous ne pouvons exploiter de nouveaux gisements. Et moins d’un tiers des réserves déjà exploitées pourront être commercialisées.

Si nous ne pouvons plus employer les combustibles fossiles, leur valeur s’effondrera. La différence entre la valorisation et la valeur réelle de ces actifs créera alors une bulle qui éclatera dès que les profits de l’industrie fossile ne seront plus considérés comme fiables. En continuant d’investir dans des projets high carbon, high risk et high cost, nous nous exposons à une menace réelle et globale de destruction de capital et d’actifs irrécupérables.

Le capital ainsi détruit serait pourtant très utile pour financer la transition énergétique et réaliser une plus-value attrayante.

Les transformations disruptives sont souvent déterminantes pour notre progrès, et les acteurs historiques ne l’emportent qu’exceptionnellement sur les outsiders: rares sont ceux qui travaillent encore dans le développement de photos, la vente de machines à écrire ou le nettoyage de crottin de cheval dans les villes…

Rares sont ceux qui travaillent encore dans la vente de machines à écrire ou le nettoyage de crottin de cheval dans les villes…

Les entreprises et régions agiles, visionnaires, ont pleinement adopté la voie de la décarbonisation. Ainsi, 30% des bus chinois roulent à l’électricité, et le parc de bus électriques grossit de 100.000 unités chaque année. À Manhattan, on recense davantage de bornes de  rechargement Tesla que de pompes à essence.

Une décarbonisation ambitieuse exigera encore des emplois que l’on ne pourra ni délocaliser ni remplacer par des robots pendant plusieurs décennies, et générera au moins 26.000 milliards de dollars d’avantages économiques supplémentaires d’ici à 2030.

Pour autant, nous ne pouvons clore l’ère fossile sans une politique  publique d’envergure. Historiquement, aucune transformation de cette ampleur n’a pu avoir lieu à la vitesse nécessaire sans un rôle incitatif fort des pouvoirs publics.

L’Affaire Climat veut y contribuer avec le plus grand procès de l’histoire belge. Plus de 40.000 de nos concitoyens exigent déjà une politique climatique plus volontariste de leur gouvernement.

Aux Pays-Bas, une initiative similaire a produit des résultats: le gouvernement Rutte III a fixé des objectifs climatiques dans une loi climat contraignante. D’ici à 2030, les émissions de CO2 doivent baisser de près de moitié par rapport à 1990. C’est plus que ce que demande l’Europe… et presque conforme aux objectifs scientifiques.

Serge de Gheldere
Futureproofed

02/01/2019