Climat: le temps est à l’action

Déchets, transports, financement… Dans nombre de secteurs, des idées reçues affectent notre appréhension du défi climatique et freinent notre engagement. Sortons des mythes et passons à l’action!

Nous ne pouvons plus nous permettre de parier sur de nouvelles technologies pour nous sauver de la crise climatique. Il faut agir maintenant, avec les armes dont nous disposons. Chaque année perdue, en réduisant nos capacités d’action, rend le défi plus compliqué à relever. Nous devons parvenir à contenir à 1,5 °C la hausse des températures, comme le préconise le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), afin de limiter les conséquences des changements climatiques et éviter la multiplication des événements extrêmes, la perte de biodiversité et la montée des océans.

Pour ce faire, il importe de lever plusieurs mythes. Et tout d’abord, celui selon lequel la transition écologique coûterait trop cher. Le rapport Stern sur l’économie du changement climatique démontre qu’il suffit d’investir 1% du PIB mondial pour parvenir à cette transition. Rien d’insurmontable donc, surtout si l’on envisage le prix à payer sans cette mutation. On affirme également que le CO2 ne vaudrait rien. C’est faux! Le “vrai coût” du CO2 varie de 100 à 300 euros la tonne. Pour prendre en compte le coût environnemental du CO2, un système de quota et de marché du carbone a été mis en place par l’Union européenne. Avec la crise financière de 2008, le prix est passé de 30 à 5 euros la tonne. En 2018, il remonte à 20 euros et, à l’avenir, il grimpera pour tendre vers son prix réel à mesure que le nombre de quotas délivrés diminue.

Le stockage du CO2 nous sauvera-t-il? Absolument pas. La vraie solution, c’est la diminution drastique des émissions. Les solutions industrielles sont limitées par les dépenses en énergies fossiles additionnelles nécessaires. La protection des forêts et la reforestation sont des moyens bien plus efficaces de stocker le CO2.

La vraie solution, c’est la diminution drastique des émissions.

Mathieu Depoorter

On entend parfois dire que traiter ses déchets s’avérerait trop cher. Au contraire: se débarrasser de ses matières secondaires comme déchets est coûteux, tandis que les valoriser en ressources autorise de belles économies! Un exemple? Le projet Hollywood récupère du bois gratuitement et réduit les conteneurs d’encombrants de ses fournisseurs.

Du côté des entreprises, le bilan carbone  représente une porte d’entrée dans la transition écologique. Il est ainsi possible de déterminer en quel point précis l’économique rejoint  l’écologique, afin de créer davantage de résilience. Il sera souvent question ici d’optimisation de processus, de réduction des dépenses  énergétiques et de valorisation de produits  secondaires.

Un changement de business model vers celui de la fonctionnalité est aussi un pas que beaucoup d’entreprises franchissent en passant de la vente au leasing (voiture, lumière, vêtement, etc.). Façon, entre autres, de tourner le dos à l’obsolescence programmée et de rendre nécessaire l’éco-conception. Ce qui compte, pour les entreprises, est d’entrer dans un processus d’amélioration, sans culpabilité ni stigmatisation. Ma conviction est qu’il est toujours temps de changer. Le défi de la transition énergétique est à notre portée, prenons-le à bras-le-corps dès aujourd’hui.

Mathieu Depoorter,
expert en économie circulaire et climat chez ECORES

Mathieu De Poorter
21/12/2018