“L’Europe doit avoir prise sur la pâte à pizza”

Après l’enthousiasme suscité par les Big Data, le Data Science Winter plane comme une menace: une résistance contre les données, qui nous prive de ses avantages. Comment l’éviter? Non par la législation, estime le professeur Wil van der Aalst, mais en encourageant les “données vertes”.

Avec l’initiative Responsible Data Science, nous voulons collecter des ressources financières et attirer l’attention sur des solutions de données positives et technologiques. De la même manière qu’on ne lutte pas contre le transport polluant en arrêtant de rouler mais à l’aide d’une technologie plus propre, nous voulons protéger les consommateurs contre la “pollution de données”. Et ce, en faisant la promotion des “données vertes”. Des données sont vertes si elles respectent des critères fixés dans quatre domaines: Fairness, Accuracy, Confidentiality et Transparency, soit FACT, en abrégé.

Dépassé par les États-Unis

Voyez la situation actuelle sur internet. Spotify est la seule entreprise européenne qui génère des données d’une valeur et d’une taille significatives. Les Google et autres Facebook sont toutes américaines. Les pays asiatiques – la Chine en tête – se montrent beaucoup plus actifs que nous pour s’offrir une partie du gâteau. Que fait l’Europe contre la domination américaine? Très peu. Elle semble se résigner à rester à la traîne des entreprises américaines.

Je compare parfois les solutions basées sur les données à une pizza. Dans ce domaine, on peut dire que l’Europe se concentre sur la garniture: un petit projet en healthcare par-ci, un autre petit projet smart par-là… Mais nous partons chaque fois du principe que la pâte à pizza proviendra des États-Unis. Conséquence? Peu, voire aucun contrôle sur la base.

IL NE FAUT PAS BRIDER LE POUVOIR DE FACEBOOK ET DE GOOGLE PAR LA LÉGISLATION.

Wil van der Aalst

La liste des 10 scientifiques ICT les plus cités, mise à jour automatiquement par Google, se compose exclusivement de chercheurs américains. Les Américains ne sont pourtant pas plus intelligents que les Européens! Ils travaillent simplement dans un climat plus favorable. Ici, on investit trop peu et à mauvais escient. En outre, nous vivons dans une société ouverte. Dès que mûrit quelque part une idée à même de prendre de l’envergure, il est très aisé pour les géants américains de racheter la start-up qui en est à l’origine.

Nous devons créer un écosystème qui puisse engendrer des percées significatives. Pensez aux fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, qui étudiaient à Stanford lorsqu’ils ont créé leur entreprise. Nous devons nous aussi développer un climat de recherche dans lequel de bonnes idées récoltent suffisamment d’argent pour se déployer et ne soient pas immédiatement rachetées.

Wil van der Aalst, Professeur à l’Université technique d’Eindhoven

20/12/2017