Les données, le nouveau pétrole

Comme le pétrole fut jadis surnommé le “nouvel or”, les données peuvent aujourd’hui être qualifiées de “nouveau pétrole”. Lorsqu’elles sont extraites et raffinées avec le soin nécessaire – donc pas uniquement collectées massivement, mais aussi et surtout partagées généreusement et soumises à une analyse pointue – elles créent des possibilités presque infinies.

De nouveaux médicaments particulièrement efficaces, une mobilité plus sûre et fluide, une gestion plus intelligente et économe de nos précieuses matières premières… Les informations que fournissent les données font croître et multiplier les innovations révolutionnaires. Nous améliorons chaque jour la manière dont nous lisons les données et les traduisons en solutions concrètes. Pourtant, nous sommes encore à l’aube de la véritable révolution des data.

Les pouvoirs publics disposent eux aussi d’une mine d’or de données constituée décennie après décennie. Même en ne les regroupant et en ne les exploitant qu’au compte-gouttes, ils gagneront en efficacité. Et seront à même d’allouer plus efficacement les ressources limitées dont ils disposent. Le datamining constitue une arme importante dans la lutte contre la fraude fiscale et la fraude sociale, et son importance ne cesse de croître. Les données peuvent libérer les fonctionnaires de tâches administratives répétitives afin qu’ils aient davantage de temps à consacrer à des activités plus utiles et passionnantes.

Les données permettent aux entreprises d’optimiser leur orientation client. Quand elles connaissent nos besoins et nos souhaits, voire ceux d’individus qui nous ressemblent, elles sont en mesure de mieux nous servir. Bonne nouvelle pour elles, bonne nouvelle pour nous! Et ce, même si une brève poussée d’angoisse nous envahit à chaque fois que nous constatons qu’une entreprise sait quelle paire de chaussures nous avons achetée et à quel concert nous avons assisté la veille.

C’est le revers de la médaille : l’abandon de toute vie privée. Dans quelle mesure acceptons-nous que des entreprises et des administrations publiques connaissent le moindre de nos faits et gestes ?Bien entendu, cette question se révèle particulièrement délicate pour les banques. Surtout en Belgique, où les affaires d’argent, dans la plupart des ménages, relèvent presque du secret d’État.

Les géants technologiques Facebook, Google et Amazon forment en quelque sorte la Sainte Trinité des données. Ils savent ce que l’on partage, ce que l’on recherche et ce que l’on achète. Mais les algorithmes particulièrement opaques qu’ils utilisent pour collecter leurs données soulèvent de plus en plus de questions. Notamment sur l’usage qu’ils font de ces données. Il est certain que d’autres entreprises et secteurs suivront. L’Europe a pris l’initiative avec les nouvelles règles du RGPD; d’autres pays s’inscriront dans son sillage.

Sous cet aspect aussi, les données sont le nouveau pétrole. Car cette fantastique source de prospérité, de croissance et de progrès est parsemée de pièges et de dangers, de la pollution atmosphérique aux marées noires en passant par le changement climatique. Dans le domaine des données, il s’agira de trouver un bon équilibre entre les opportunités et les menaces. Et de détecter ces dernières pour s’y attaquer suffisamment tôt, sans freiner les solutions révolutionnaires.

Peter De Keyzer, managing partner de Growth Inc.

Peter De Keyzer
20/12/2017