Les données intelligentes transforment chaque activité

Le traitement intelligent des données bouleverse un nombre croissant de modèles d’affaires. Et de plus en plus fréquemment dans des secteurs où l’on ne s’y attendait pas.

Le secteur de la volaille gère ses données: la success-story de Porphyrio est l’illustration parfaite de l’impact qu’ont déjà les données et l’intelligence artificielle dans les secteurs les plus divers. Et l’histoire de Kristof Mertens, cofondateur et directeur général de Porphyrio, démontre que les entreprises qui investissent massivement dans le traitement des données voient souvent naître de nouveaux modèles économiques.

“L’entreprise a vu le jour en 2013 en tant que spin-off de la KULeuven”, raconte Kristof Mertens. “Et ce, autour d’une idée: avec les bonnes données dans le cloud, vous avez entre les mains tous les éléments nécessaires pour optimiser un processus de production aussi  complexe que l’élevage de volailles. Ce processus implique en effet de nombreux acteurs, de l’éleveur proprement dit au vétérinaire en passant par le producteur d’aliments pour volailles et l’entreprise génétique qui met les jeunes animaux sur le marché. Tous ces acteurs fournissent des fragments d’informations qui se révèlent particulièrement pertinents si l’on veut optimiser l’ensemble du processus.”

VOICI QUELQUES DÉCENNIES, UN ÉLEVEUR DE VOLAILLES POUVAIT GÉRER 10.000 POULETS, CONTRE 50.000 AUJOURD’HUI.

Kristof Mertens, Porphyrio

“Il en va de même pour la production d’œufs, avec des entreprises spécialisées dans l’élevage de poules pondeuses, des fermes et les sociétés qui commercialisent les œufs proprement dits. Ces dernières années, on a lourdement investi dans le ‘hardware’ technologique de tous ces processus. Et les résultats sont au rendez-vous: voici quelques décennies, un éleveur de volailles pouvait gérer 10.000 poulets, contre 50.000 aujourd’hui.”

“En outre, les capteurs se sont multipliés sur ce hardware, qui fournissent une mine de données intéressantes. Notre cœur d’activité consiste à extraire ces données, à les placer dans le cloud et à relier entre eux tous les maillons du processus de production. Nous pouvons ainsi accroître de manière gigantesque le rendement du secteur et en éliminer autant que possible les inefficacités.”

 

Chatbot juridique

Le chatbot Lee & Ally, lancé il y a quelques mois par le cabinet de conseil juridique lesJuristes, représente un exemple relativement innovant de données intelligentes dans le secteur juridique. Cette sorte de conseil juridique en ligne, disponible jour et nuit, gagne chaque jour en intelligence grâce aux nouvelles données dont il est alimenté constamment. “Nous croyons énormément dans le potentiel de l’intelligence artificielle, surtout dans un secteur plutôt conservateur dans son fonctionnement”, indique le juriste Matthias Dobbelaere-Welvaert, fondateur et Managing Partner de les-Juristes. “C’est vrai, les chatbots de ce type ne peuvent encore répondre qu’à un nombre relativement limité de questions juridiques. C’est la raison pour laquelle nous ne sommes qu’en phase bêta. Le véritable lancement suivra sans doute mi-2018.”

LES CHATBOTS DE CE TYPE NE PEUVENT ENCORE RÉPONDRE QU’À UN NOMBRE RELATIVEMENT LIMITÉ DE QUESTIONS JURIDIQUES.

Matthias Dobbelaere-Welvaert, lesJuristes

Avec son chatbot, lesJuristes vise surtout les starters et les PME qui disposent rarement des quelques milliers d’euros nécessaires pour un conseil juridique spécialisé. “En tant que cabinet de niche, notre tarif horaire fluctue rapidement aux alentours de 200 euros”, chiffre Matthias Dobbelaere-Welvaert. “Un abonnement à Lee & Ally ne coûte que 99 euros par mois, tarif qui comprend un support humain en cas de besoin.”

“L’aspect financier est donc un atout non négligeable. Cependant, ma vision est plus large. Je remarque une insatisfaction croissante parmi de très nombreux jeunes avocats. Ils ont conscience que nous évoluons vers un nouveau monde où la technologie occupera une place centrale. Mais ils constatent que l’on y réagit encore beaucoup trop peu dans leur branche.”

 

Bornes de recharge intelligentes

De très nombreuses start-up actives dans la mobilité électrique misent pleinement, dans le développement de leurs activités, sur la plus-value de l’enregistrement intelligent de données. Blue Corner, par exemple, travaille depuis plusieurs années avec un réseau de bornes de recharge intelligentes. “Avec, à la clé, des solutions sur mesure pour les entreprises et les particuliers, mais aussi pour les centres commerciaux, les hôtels et les parkings publics”, énumère son CEO, Olivier Ysewijn. “Nous développons à la fois le hardware – les bornes de recharge proprement dites – et le software. C’est surtout dans ce domaine que les données intelligentes sont utiles.”

Chacune des bornes de recharge Blue Corner est connectée à une plateforme centrale. Les données de recharge de chaque utilisateur peuvent ainsi être enregistrées et facturées précisément.  “Généralement, nous travaillons selon une formule d’abonnement, mais des rechargements occasionnels par SMS sont également possibles. Cet enregistrement central est important pour les utilisateurs qui disposent d’une voiture de société qu’ils rechargent à domicile: ils peuvent ainsi se faire rembourser leur électricité par leur employeur. Mais il profite aussi aux entreprises qui bénéficient du calcul exact de l’électricité consommée pour leur parc de véhicules – pour leur déclaration fiscale, notamment.”

“Nous évoluons vers des systèmes de recharge intelligents qui permettent, entre autres, de suivre en temps réel la quantité d’énergie disponible à un endroit et d’anticiper le fait qu’un grand nombre de voitures veuillent recharger leur batterie simultanément. Nous pouvons alors piloter ce comportement à distance.”

“Bientôt, nous pourrons utiliser les batteries de véhicules électriques comme lieu de stockage d’électricité pour un  réseau intelligent local, au niveau d’une entreprise par exemple. À ce moment, les voitures électriques ne se contenteront plus de prélever de l’électricité sur le  réseau: elles pourront y réinjecter de l’électricité si nécessaire.”

20/12/2017